Recension de « Troie, portrait historique d’un site mythique » de Thierry Piel

Thierry Piel, Troie, portrait historique d’un site mythique, Lemme Edit, 2019, 142 pages

Etudier la guerre de Troie, c’est d’abord poser une question d’ordre toponymique : Troie, Ilion, Hissarlik, etc. Une belle entame qui entraîne le lecteur sur des chemins passionnants. Thierry Piel écrit bien et, à l’évidence, il maîtrise son sujet. Le lecteur ne doit pas être induit en erreur : le propos de l’ouvrage n’est pas de nous conter le mythe en une énième redite de la geste d’Achille ou d’Hector (le lecteur qui s’attend à un résumé de l’épopée sera déçu). On assiste au contraire à une véritable enquête historique et archéologique. En se mettant dans les pas de Schliemann, en suivant la démarche déductive de l’auteur, on aimerait trouver la preuve qu’Ilion corresponde bien à la Troie homérique, celle de Priam. On souhaiterait que les puissants restes de remparts et les vestiges de portes soient ceux qui ont vu Hector. Las, il est désormais vain de chercher une confirmation du fait qu’une coalition grecque de l’Age du Bronze ait jamais pu se constituer pour réduire en cendres la fameuse ville anatolienne. Les pages consacrées aux archives hittites sont à cet égard fort intéressantes. L’évolution de la cité est appréhendée sur plusieurs millénaires, à travers les entrelacs des vestiges archéologiques révélant l’évolution de la nature de l’occupation des lieux, avec ou non une ville basse, jusqu’à l’érection d’un sanctuaire d’Athéna et de lieux de cultes liés directement à l’épopée dont Homère narre les épisodes les plus fameux. On apprécie à ce sujet le cahier d’illustrations, ainsi que les croquis et cartes inclus dans l’ouvrage. Le chapitre qui a retenu le plus mon attention est celui de la postérité du site et du mythe à partir de l’époque archaïque, chez les Grecs comme chez les Romains. La manière dont la légende est instrumentalisée par Athènes et Sparte, de même qu’Alexandre le Grand, mais aussi par César ou Auguste, est captivante. On sera aussi surpris de découvrir l’intérêt des Perses pour les lieux. La perspective change avec Rome quand ce ne sont plus les Achéens qui font référence, mais Enée et ses compagnons. L’auteur questionne aussi la raison pourquoi le site actuellement identifié comme étant Troie, l’Ilion de la Grèce, ait été davantage assimilée au mythe que ses voisines comme Alexandrie de Troade. Et l’auteur de terminer en évoquant la postérité du mythe jusque chez les rois francs… Au final, Thierry Piel est un indubitablement un vrai professionnel (ce qui est loin d’être le cas de tous les universitaires) et un spécialiste, et son texte fort enrichissant. Un très beau récit assurant un beau moment de lecture à tous les passionnés –si nombreux- du mythe intemporel transmis par l’Iliade et l’Odyssée.

Troie, portrait historique d’un site mythique

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