Recension « Des Tigres dans la Boue » d’Otto Carius

Otto Carius, Des Tigres dans la Boue, Overlord-Press, 2019

Les mémoires de l’as des Panzer Otto Carius (150 victoires!) est le 1er opus de la nouvelle maison d’éditions Overlord-Press, créée par le prolifique Yannis Kadari, qui est déjà à l’origine des éditions Caraktère.

Nous avons là pour la première fois la version française de l’ouvrage de Carius. Une initiative heureuse. Avec la multiplication des traductions ou la de republication des mémoires de participants illustres de la Seconde Guerre mondiale, on a l’impression de revivre la forte activité éditoriale des années 1950-1960 (que je n’ai évidemment pas connue…), période de frénésie des publications émanant des témoins directe les plus renommés, ou qui côtoyèrent les plus « grands ». On regrette juste qu’il n’y ait pas de notes explicatives au fil du texte, comme il l’est de plus ne plus le cas avec les éditions de mémoires de la guerre.

Le livre de Carius est intéressant à plus d’un titre. Il se lit bien, comme un roman, la plupart des chapitres étant relativement courts. Il s’agit d’un récit guerrier haletant, qui permet au lecteur de comprendre ce que peut signifier être un Panzerschütze, particulièrement à bord d’un Tiger (on y apprend de nombreux petits détails). Carius est d’ailleurs de prime abord un peu décevant car il ne semble pas apprécier le « monstre » d’acier dès le premier regard (alors qu’il s’agit de mon Panzer préféré…), lui reprochant entre autres les lignes modernes du T-34. Quant au Jadgtiger, il ne remporte aucun suffrage… Ce qui est absolument remarquable, c’est la description des engagements, la relation des hommes au sein des unités (les fameux « groupes primaires »), la coopération avec les fantassins et les autres armes, … Les différentes opérations relatées à l’Est sont vraiment instructives. Je laisse la primeur aux lecteurs et ne dévoile pas les nombreuses (et parfois incroyables) péripéties, notamment la rencontre avec trois Russes… Il y a aussi un galerie de personnages, dont le général Strachwitz, mais aussi un supérieur direct ainsi qu’un autre général peu convaincants. Les briefings avant les opérations méritent aussi la lecture.

Carius est aussi un homme de son temps, un vaincu de la Wehrmacht qui écrit après la guerre. Un homme qui ne renie pas son engagement, se prétendant naïvement apolitique (« peu importe si on fait son travail pour le Führer, pour son pays ou par sens du devoir ») et juste un bon patriote, peu amène envers les conjurés du 20 juillet (sauf, dans une certaine mesure, Stauffenberg), ni ceux qui accueillent les Américains.

Sa vision de ces derniers est caricaturale, autant quand il le compare aux Soviétiques, que lorsqu’il aborde la question des bombardements ou encore le traitement des prisonniers de guerre.

Evoquant la guerre ou les SS, ainsi que les « prétendues atrocités » allemandes, Carius est bien un « soldat de Hitler ». Il ne rencontre pas le dictateur pour ses feuilles de chênes, mais Himmler: un épisode intéressant et relaté sans état d’âme.

L’homme reste au final très modeste (on est bien en mal de suivre son palmarès ni s’en faire une idée à la lecture de ses mémoires), très humain dans le contact avec ses compagnons d’armes, mais également dévoué au service, sans se rendre compte de la cause qu’il sert, même a posteriori. Il ne semble pas nazi à proprement parler, mais on chercherait en vain une allusion aux horreurs qu’ont subi le civils soviétiques au quotidien à l’Est…Quant à  la position désignée « Judennase », « nez de Juif », cette appellation n’aurait rien d’antisémite, mais serait juste facilement compréhensible par tous en raison de la forme du relief en question…

Un bon livre de guerre, agréable à lire, que je recommande vivement: on ne s’ennuie pas!

Une excellente initiale des nouvelles éditions Overlord-Press: on attend la suite avec impatience!

http://overlord-press.com/

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