Recension « Guderian, souvenir d’un soldat »

Il ne faut pas bouder la chance de lire le récit des principaux protagonistes de cette guerre, même si c’est au prix de la lecture de passage dans lesquels l’auteur acène des affirmations qu’on ne peut admettre. J’ai préféré lire Manstein que Guderian, mais ce dernier nous livre des faits des plus intéressants, à tout le moins sa version des événements. Il faut en effet lire les campagnes de Pologne, de France et surtout de Russie par celui qui fut le promoteur de la Panzerwaffe et de ce qu’on appellera la « Blitzkrieg ». L’homme, de par sa proximité avec Hitler, nous informe beaucoup sur la personnalité de celui-ci et de son mode de fonctionnement, ainsi que de son entourage. Comment se sont prises les décisions les plus importantes de la guerre ? Ce livre nous donne un embryon de réponse. En revanche, il convient de suivre le texte avec beaucoup de recul. De plus, des erreurs et des contre-vérités parsèment le texte, notamment en ce qui concerne le front de l’Ouest. Guderian aime à se donner le beau rôle, charger Hitler. Le passage sur l’attentat du 20 juillet 1944 puis celui de son action à la tête de l’OKH valent l’achat du livre à eux seuls. On se demande comment l’auteur peut prétendre avoir été mis dans la confidence d’un projet dont la date exacte n’avait pas été déterminée. On reste interdit devant nombre de déclarations de Guderian. Il s’insurge du traitement des Allemands de l’Allemagne orientale (il en est lui-même originaire), en soulignant la responsabilité de Churchill qui les abandonne aux Soviétiques ! Guderian est révolté à l’idée de l’attentat du 20 juillet en raison de « notre religion chrétienne » : on ne peut pas dire que la charité chrétienne a perturbé son action quand il s’est agit de mettre en œuvre les ordres criminels du régime à l’Est… Il se dédouane de sa participation à la « cour d’honneur » où il était question des responsables de la Wehrmacht qui auraient été impliqués dans l’attentat. Le contexte de la Guerre Froide est latent lorsqu’il affirme que rien n’aurait pu arrêter les Russes, qui n’auraient pas eu besoin de l’aide des Alliés, si la production du Panzer IV avait été arrêtée aux seuls profits des Tiger et Panther : « Les problèmes européens auraient été sensiblement simplifiés eux aussi. Nous saurions alors tous ce qu’est la vraie démocratie ». Guderian a été fidèle à Hitler jusqu’au bout et il s’est bien gardé de mettre en avant ses compromissions avec le national-socialisme, ce qu’explique Benoît Lemay (qui nous a déjà gratifié de belles biographies de Manstein et de Rommel, toutes les deux parues chez Perrin) dans sa présentation réussie de l’ouvrage.

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