Recension « La Guerre du Désert. 1940-1943 », ouvrage collectif, Editions Perrin, 2019

La Guerre du Désert. 1940-1943, ouvrage collectif, Editions Perrin, 2019, 347 pages

Présentation du livre

Un bon livre qui est un excellent complément à mon Afrikakorps. L’armée de Rommel, ainsi qu’aux nombreuses pages que je consacre à la guerre du désert dans mon Rommel, paru en 2018 chez Perrin.

Le lecteur qui attendrait la somme sur les opérations militaires menées en Afrique du Nord pendant la Seconde Guerre mondiale doit passer son chemin: tel n’est pas le propose de l’ouvrage.  Le titre est donc un peu trompeur, mais le 4e de couverture recadre et resserre le sujet. L’ouvrage, outre qu’il attire l’attention du public pour cette page méconnue de la guerre, ne manque pourtant pas d’intérêt car il apporte des éléments sur des thèmes méconnus.

Un constat s’impose: aucun spécialiste de la guerre du désert en temps que telle ne figure parmi les auteurs de ce livre.  En revanche, plusieurs des auteurs de cet ouvrage collectif sont incontestablement des spécialistes des sujets qu’ils traitent dans le livre, sujets que nous évoquons plus loin. Notons toutefois au passage l’expression passablement étrange de « guerre des sables », que je découvre dans ce livre après des décennies de lectures sur la guerre du désert…

Les auteurs maîtrisant le sujet se retrouvent dans la presse spécialisée, ainsi que dans les maisons d’édition qui abordent sérieusement la question militaire. J’ai pour ma part écrit beaucoup d’articles sur la guerre du désert, parfois sur des sujets inédits, ou selon une approche originale. Quid de Vincent Abarétier et de son excellent Rommel et la stratégie de l’Axe en Méditerranée? De Jacques Belle et de L’opération Torch et la Tunisie? De Christophe Prime et de Les commandos SAS?  Ma synthèse, Afrikakorps, l’armée de Rommel, n’apparaît nulle part non plus, pas plus que mon Rommel publié chez le même éditeur que cette Guerre du Désert. J’y aborde pourtant des sujets les plus divers traités fort différemment ici, voire pas du tout.

Après une introduction intitulée « Nouveaux regards sur la guerre du désert », le livre comporte 9 chapitres plutôt prometteurs : « Une définition », « Afrique du Nord et stratégie planétaire », « L’Afrique du Nord: un enjeu colonial », « Les chefs », « Combattants du désert », « Une guerre non européenne: les troupes des colonies et des Dominions », « Guerre et violence en Afrique du Nord », « Les populations civiles dans la guerre du désert », « La guerre du désert dans la mémoire collective ».

Le chapitre d’introduction cherchant à définir la guerre du désert est intéressant. On y rappelle combien le mythe Rommel a biaisé les perspectives et notamment l’appréhension de la campagne du point de vue des Italiens. En revanche, les auteurs ont tort de penser que les interactions avec les autres fronts ont été jusque-là négligés, tous mes écrits tendant à l’inverse (et au-delà de la guerre du désert pour ce qui est de la guerre en Méditerranée). J’apprécie qu’on souligne que Bir Hakeim ne constitue nullement une victoire (page 18), en dépit de la légende qui entoure toujours cet épisode (qui reste un fait d’armes de premier plan). Je ne suis en revanche pas sur la ligne de l’ouvrage quand il estime qu’une importance exagérée est accordée à l’aspect militaire de la guerre du désert du fait que les études se concentrent sur l’affrontement en Egypte-Libye au détriment de l’opération « Torch » et des préparatifs de celle-ci. Nullement : au contraire, c’est bien la campagne de Tunisie (une bataille) qui est négligée. Les travaux qui lui sont consacrés ne font la part belle qu’aux affaires politiques franco-françaises, ou alors à la seule opération « Torch » stricto sensu, c’est-à-dire le débarquement en Afrique du Nord française, ce qui n’est pas la même chose que la campagne de Tunisie. Pour trouver une description de celle-ci (donc des faits militaires) en français, il faut lire les pages que j’y consacre dans Afrikakorps, Patton et Rommel, mais surtout, à l’aide d’archives militaires inédites, dans mon hors-série consacré à la 5. Panzerarmee (la nouvelle armée de l’Axe qui est engagée en Tunisie après « Torch »), ainsi que plusieurs articles sur des aspects méconnus la campagne de Tunisie. Les auteurs vont également trop loin en affirmant que le rôle des Américains dans la guerre du désert a été sous-évalué (page 20). Une question que j’aborde aussi dans mes deux articles sur les mythes d’El Alamein et de Kasserine.

Il reste que les auteurs traitent de façon professionnelle et documentée des sujets effectivement négligés. Les populations civiles sont en effet rarement évoquées, parfois pas du tout. Parmi les pages les plus instructives, celles consacrées à la politique raciale italienne et les mesures antisémites qui furent prises en Libye par le gouvernement fasciste. Des faits méconnus qui méritent toute notre attention. Alors que j’ai toujours cru que les lois antisémites italiennes n’avaient eu somme toute que des effets limités en Italie, l’incarcération des Juifs de Libye et leur déportation hors de Cyrénaïque, ainsi que l’existence du camp de Giado à 250 km au sud de Tripoli, sont des révélations pour moi.

Quand il s’agit d’évoquer « Afrique du Nord et stratégie planétaire », il est juste de souligner qu’il s’agit d’une guerre pour la Méditerranée, qui vise à atteindre de plus vastes objectifs. Il également juste dans le chapitre « L’Afrique du Nord: un enjeu colonial », d’écrire que « depuis des siècles, en matière militaire, Britanniques, Français et Portugais avaient levé des troupes issues de certaines colonie pour réprimer des troubles survenus dans d’autres territoires ultramarins. » Par dimensions coloniales, les auteurs entendent des considérations d’équilibre impérial, les revendications coloniales, la question de l’utilisation des troupes coloniales et les influences mutuelles des empires coloniaux. Des pages captivantes sont consacrées à ces aspects de la campagne.

Le chapitre « Les populations civiles dans la guerre du désert » apparaît d’emblée comme original, et il tient ses promesses, si ce n’est que le cas des Egyptiens (pourtant le plus nombreux) est pour le moins malheureusement négligé. L’auteur de cette partie a raison de souligner « l’hétérogénéité et la complexité des sociétés coloniales », mais il se trompe en estimant que celle-ci est peu nombreuse en Egypte, où elle serait avant tout celle de militaires britanniques: c’est méconnaître la diversité culturelle de l’Egypte d’avenant Nasser et des importantes communautés européennes, à commencer par les Grecs. De même, partager les autochtones entre Arabes et Berbères est un peu court: qu’entend t’on par « Arabe »? Musulmans ou chrétiens, les ancêtres des Egyptiens sont avant tout ceux qui vivaient dans leur pays à l’époque pharaonique…   Quand, page 255, il est écrit que le fait que les bombardements du Caire aient été limités démontrent « qu’un respect pour la population et les institutions musulmanes reste subordonnée aux objectifs de guerre », on semble oublier que les Egyptiens sont loin d’être tous musulmans… Ce ne sont que des détails dans un chapitre fort instructif. On suit notamment l’auteur quand il affirme que « pour beaucoup de Nord-Africains, la capitulation du Reich ne signifia pas la fin des combats. »

Le livre aborde aussi la question des crimes commis à l’endroit des prisonniers, sujet que j’ai également déjà moi-même abordé. La question du mythe de « la guerre sans haine » en Afrique du Nord n’est pas nouvelle car j’y consacre un long chapitre dans mon Afrikakorps. L’armée de Rommel, avec plus d’exemples concrets de forfaits commis entre soldats. J’y aborde aussi la question du degré de nazification de l’Afrikakorps, sujet qui n’a pas retenu l’attention des auteurs.Les exemples que l’on a dans le présent ouvrage, La Guerre du Désert, sont cependant précis et pertinents. Obliger des détenus à se passer d’eau en zone désertique et les dépouiller de leurs manteaux alors que les nuits du désert peuvent être glaciales, ou encore collecter de fores tous les objets précieux qu’ils portent, constituent indubitablement des preuves d’une absence de « guerre sans haine », sans parler des humiliations publiques (notamment de pilotes de bombardiers alliés) , ainsi que des maltraitances prenant leur origine dans l’origine ou la couleur de peau des prisonniers. Les Italiens sont allés jusqu’à disposer de véritables instruments de torture. L’auteur aborde avec bonheur la façon dont l’historiographie a traité cette épineuse question des crimes, et de conclure que la guerre du désert fût une guerre « dont les violences et la haine raciale font partie intégrante.

Je ne vais pas résumer les chapitres sur les colonies, les peuples colonisés, leur implication et les crimes qu’ils ont subi: les chapitres du livre ont tout leur intérêt, même si une part non négligeable des récits déborde du cadre de la guerre du désert et traite d’événements antérieurs, dont la connaissance est cependant éclairante et nécessaire à la compréhension de ce qui suit pendant la guerre (mais ne saurait entrer dans le cadre d’une remise en cause de la « guerre sans haine » car hors contexte de la lutte menée en 1940-43). Parmi mes passages préférés: « Les coûts cachés » (pages 175-180) dans « Une guerre non européenne », ainsi que le chapitre « Guerre et violences en Afrique du Nord »Le fait de souligner que les déboires des armées des puissances coloniales en Afrique du Nord ont eu auprès des populations locales colonisées un impact comparable à celles qu’eurent en Inde, Birmanie, Indochine ou Indes Néerlandaises les défaites subies face aux Japonais est pertinente.

Le chapitre  « La guerre du désert dans la mémoire collective » n’est pas inintéressant, mais il très décevant. Il y est essentiellement question de généralités (notamment franco-françaises) sans aucun lien sur la guerre du désert. Quant à la mémoire sur le champ de bataille, rapidement évoquée en fait, elle se concentre surtout sur les nécropoles allemandes, sans un mot sur les cimetières britanniques, ni les stèles ou les musées. Concernant l’Afrique du Nord française, qui obsède trop les auteurs de ce livre, il n’est bizarrement pas évoqué le fait que les FFL et les soldats de l’Armée d’Afrique, séparés jusque par-delà la mort,  ne reposent pas dans la même nécropole. Un élément que je rappelle dans mon Afrikakorps.

 

Erreurs constatées et remarques diverses

Je passe maintenant aux erreurs décelées dans l’ouvrage. Disons le d’emblée: ces coquilles, erreurs et imprécisions ne gâchent en rien la lecture d’un livre qui sort en effet des sentiers battus et qui constitue, je le rappelle, un excellent complément aux ouvrages français -pas si nombreux- qui traitent de la guerre du désert. Ces remarques se veulent constructives.

Par deux fois, la date de la chute de Tobrouk est erronée (le 18 juin page 121!), alors qu’il est vraiment aisé de la connaître… Page 27, un des auteurs prétend qu’il envoie des troupes en Grèce alors qu’il négocie le lancement de « Torch » avec les Amériacins est surprenant à ce niveau : la campagne de Grèce c’est en avril 1941 (les Etats-Unis ne sont pas encore en guerre) et « Torch » est lancée en novembre 1942… Et cela continue en affirmant que l’Axe garde l’initiative stratégique « jusqu’à la plus grande partie de 1942. » Sur ce dernier point, c’est passer sous silence l’opération « Crusader ».

Page 27, arguant un peu rapidement que la Méditerranée ne fût jamais « centrale » dans les conceptions stratégiques des grands décideurs (c’est faire peu de cas de Churchill…), il est bien hasardeux d’écrire « voilà qui explique pourquoi les diverses puissances concernées n’envoyèrent jamais des effectifs suffisants pour sortir les leurs de l’impasse, qu’il s’agisse des forces de l’Axe ou de celles du Commonwealth ». C’est évidemment discutable en ce qui concerne les Britanniques, qui, outre engager des moyens non négligeables, ont manqué certaines occasions, d’autant qu’il faut rappeler qu’ils ont surtout dû compter avec toutes les crises survenant dans les territoires du Middle East Command.

Quand un  des auteurs affirme que la mortalité n’est pas très élevée sur ce front, c’est indéniable, mais il faut toutefois tempérer en soulignant que celle-ci peut devenir très importante dans un laps de temps resserré, lors des grands affrontements, comme à El Alamein. Certes, on ne saurait comparer à Stalingrad ou à la guerre des haies…

Pour ce qui est des tactiques, page 30, il faut savoir que les « Jocks Columns« , qui furent un concept malheureux face à l’Afrikakorps, sont spécifiquement britanniques, et ne comportent pas de chars, et qu’il ne faut pas les comparer aux Kampfgruppen allemands.

Quant aux Panzer, il conviendrait de distinguer les différents modèles de Panzer III et IV car les versions respectives J et F2, avec canons longs, représentent un grand changement. Tous les modèles (hors canons longs ) sont engagés dès le début de la campagne, et les Panzer II se trouvent encore dans l’ordre de bataille de la 10. Panzer-Division qui débarque en Tunisie.

Page 31: « en somme, quoique de manières ou à des degrés divers, tous se révélèrent mal préparés à la guerre du désert, qu’elle qu’ait été leur nationalité ». C’est en fait le début de cette phrase qu’il faut retenir, car il revient à tempérer complètement la suite, ce qui fait perdre tout son sens à la phrase (à mes yeux). Page 110, on affirme au contraire que les Britanniques ont l’expérience de la guerre du désert, en évoquant Allenby et, face à l’Afrikakorps, le combat mené contre les Italiens en 1940. Quant aux Allemands, il s’y adaptent rapidement très bien…

L’absence d’intérêt des nazis pour l’ancien empire colonial du Reich porte à caution. Je renvois à ce sujet à l’article « Kolonial Wehrmacht » paru dans « Ligne de Front » N°41.

Page 60: le 6 avril, « Wavell ordonna à ses troupes un repli de 480 km par la route côtière jusqu’au port de Tobrouk. » Le 6 avril, en effet, alors que Mechili est encerclée, que l’Afrika Korps s’empare d’O’Connor et que la Wehrmacht se lance à l’assaut de la Grèce et de la Yougoslavie, Wavell prend la décision lourde de conséquences pour Rommel de ne pas abandonner Tobrouk à l’ennemi. Mais le kilométrage est à revoir (on a plutôt l’impression que cela prend en compte le repli depuis El Agheila)… Il s’en est fallu d’ailleurs de peu que les Australiens soient encerclés dans la Djebel Akhdar.

Page 63: après avoir évoqué l’échec de Rommel devant Tobrouk en mai 1941, l’auteur affirme « les Britanniques s’abstinrent de contre-attaquer jusque tard en novembre 1941 (opération « Crusader »), mais quand ils le firent, ce fut avec des moyens importants ». Une erreur impensable à ce niveau: quid donc de « Bevity » et de « Battleaxe », qui coûtent à Wavell son poste?

Le même auteur écrit ensuite que l’Axe est chassé de Libye au début de 1942: non, de Cyrénaïque seulement, ce qui n’est pas la même chose…

Page 122: on est presque à s’étrangler en lisant que, comparé à Auchinleck, Wavell était diplomate dans ses échanges avec Churchill …

Page 124: on peut discuter que Hitler ait eu raison de limiter les ambitions de Rommel en  regard de ses buts de guerre et de la campagne de Russie. C’est oublier que la seule alternative à l’impasse du front de l’Est se trouve en Méditerranée.

Quant à l’intervention de Churchill en Grèce, rapidement reprise à son compte par Wavell, elle prend ses racines dans des considérations politiques (l’Angleterre doit montrer qu’elle représente un allié fiable; sans oublier qu’il convient de démontrer à la Turquie que la Royaume-Uni continue la lutte et reste présent en Méditerranée), et non dans la simple idée de ne pas laisser la Grèce seule face à la Wehrmacht.

Page 107:on affirme que le front de l’Est est « responsable en premier chef de la défaite du Reich ». Cela mérite d’être explicité. Je suis d’un avis plus nuancé car le « second front » n’a pas été ouvert en 1944 en Normandie: cf ici.

Page 109, concernant Rommel: « Limite à son talent, le général allemand ne comprenait pas la nécessité du travail d’état-major, pas plus qu’il ne saisit l’importance de la coordination avec les forces aériennes. » Ce dernier point me paraît suspect: d’où provient cette idée que Rommel n’entend rien à la coopération tactique avec la Luftwaffe?

Page 110, à propos des Britanniques: « Du coup, les chars ne furent jamais pleinement acceptés », et de poursuivre en évoquant le partage entre les modèles de tanks d’infanterie et ceux de cavalerie. Ce n’est pas la même chose que de ne pas « accepter » les tanks… Quid de Liddell Hart, de Hobart ou Fuller? Wavell démontre d’ailleurs qu’il n’est pas béotien en la matière (contrairement à Montgomery).

Churchill ne s’est pas non plus rendu au Caire en août 1942 pour remplacer Auchinleck par Montgomery (page 67), les changements de commandements qui surviennent étant beaucoup plus complexe: en tout état de cause il n’est pas encore question de Montgomery pour l’Egypte lorsque Churchill s’envole vers le Moyen-Orient. Page 146, il est question de la « disgrâce » d’Auchinleck parce que ce dernier n’aurait pas su enrayer la crise du moral et les défaites.

Page 110:  Parlant de l’armée britannique, l’auteur écrit après avoir évoqué les déboires subis en Europe en 1940-41, que « celle-ci alignait des hommes faiblement entraînés ». Non, les premières unités engagées dans le désert ne comptaient que des soldats de l’armée régulière, ou des volontaires…

Page 113 et page 127: citer Streich puis Kirchheim, limogés par Rommel, pour évoquer les talents de général de celui-ci peut poser problème si on ne prend pas un peu de recul. Rommel tenu responsable de ses difficultés, certes, mais il s’en est fallu de peu qu’il gagne de vitesse les Australiens à Tobrouk.

Page 130: en parlant de la guerre du désert, mais sans doute plutôt de la campagne de Tunisie, il est affirmé que les chefs durent « affronter de nouveaux problèmes, en gérant des alliances complexes, en répondant aux ingérences du pouvoir politique, en exerçant un nouveau style de commandement ». A voire pour ce dernier point. Et que dire alors de l’ABDACOM et du Pacifique?

Page 118: On prête 40 à 50 000 hommes au DAK et 130 à 150 000 soldats aux Italiens. Cela ne correspond à rien… Les chiffres ont été beaucoup plus variables avec le temps et il faut que l’auteur sache s’il compte les hommes présents en Libye/Egypte ou bien sur la ligne de front…

Sur cette même page, évoquant le repli de novembre 1942 par rapport à celui de décembre 1940-février 1941, l’auteur ose comparer Graziani et Rommel en écrivant que l’Italien avait tenu la Cyrénaïque plus longtemps que l’Allemand… Les circonstances n’ont rien à voir (même sans « Torch »), pas plus que les moyens des deux armées. La comparaison n’a donc pas lieu d’être.

Page 120: El Alamein est présentée comme « dernière victoire purement britannique de la guerre »!!! Je vois les choses tout autrement dans mon articles sur les mythes de la bataille d’El Alamein.

Ecrire qu’il n’y eu aucune camaraderie entre les deux partenaires de l’Axe, que la hiérarchie ne fût jamais respectée ni clairement définie et que cela n’a mené qu’à des divergences pour les opérations, avec un manque de coordination afférent est un peu rapide. Quid des Alliés  ‘Américains/Britanniques; Français/Alliés, etc) et des tensions entre Allemands (Rommel/Crüwell; Rommel/Kesselring; Rommel/Arnim…).

Page 131: le désert fascine les soldats de toutes les contrées « qui ont foulé ses dunes ». Sauf que la plus grande partie du désert ce n’est pas des dunes; quand on a un véhicule, on les évite à tout prix.

Page 132: « Les premières troupes britanniques, australiennes et indiennes de la Western Desert Task Force se révèlent particulièrement adaptées aux combats de la guerre du désert. » Et d’ajouter que les « 36 000 hommes commandés par le général Wavell sont en effet pour l’essentiel de soldats chevronnés. » Il s’agit en fait de la Western Desert Force (pas de « Task »: on n’est pas chez les Américains). Le commandement de cette formation échoie au général O’Connor, Wavell, CIC Middle East, disposant in fine de bien plus de troupes, en Egypte, en Afrique orientale et en Palestine en novembre 1940.

Page 133: étrange l’oubli de la Folgore dans la liste des unités italiennes dont l’efficacité est largement reconnue. Pour les autres, il faut insister avant tout sur l’Ariete. On aurait ou également citer la Centauro.

Page 138: « Mais si dans le désert l’été est brûlant, l’hiver est froid et humide. » Ce dernier point est risible concernant l’Egypte ou la Libye, même s’il peut pleuvoir très très occasionnellement (cf début de « Crusader » ou poursuite à El Alamein) et qu’il fait effectivement froid la nuit. Non, c’est en Tunisie que les combattants doivent subir un « hiver froid et humide ».

« Les vents modifient tout d’abord la topographie en déplaçant les dunes, faisant et défaisant les vallées et les pistes, ce qui contribue à désorienter les soldats. »!!!!! Cela me semble exagéré, sauf peut-être dans le souvenir de méharistes en poste au fin fond du Sahara. Certainement pas sur la bande côtière jusqu’à une centaine de kilomètres de profondeur! Je serais curieux de la réaction que Ralph Bagnold, spécialiste des dunes (géologue, ce militaire est aussi un scientifique qui sera consulté pour Mars) et créateur du LRDG, aurait eu face à cette affirmation…

Page 139: l’alimentation est monotone sur tous les fronts. Quant à la question des légumes frais, il faut tempérer selon le secteur. L’auteure évoque ensuite les NAAFI et la « puissance économique des Alliés » pour expliquer comment la troupe a pu améliorer l’ordinaire. Cela semble concerner plutôt la Tunisie. Mais quid du troc avec les autochtones en Libye et en Egypte?

Page 142: en évoquant le quotidien dans le désert, on explique qu’une unité (il est écrit « caravane »). « Elles parcourent parfois plus de 150 kilomètres dans la journée ou doivent se contenter de 50 kilomètres, en fonction de la qualité des pistes et des aléas mécaniques. »

Page 143: « la pauvreté aggravée par le conflit »? Au contraire, l’économie est stimulée en Egypte, mais l’auteure pensait peut-être au Maghreb, voire à la Libye.

Page 152: « En dépit de l’évacuation d’hommes et de matériel vers la Sicile, la défaite en Afrique du Nord affaiblit sensiblement l’Axe qui perd plus de 600 000 hommes dont plus de 250 000 prisonniers. » Non, les 250 000 prisonniers correspondent à la seule campagne de Tunisie: la plupart des 600 000 pertes de l’Axe en AFN sont des prisonniers (cf « Compass » et 1ère campagne de Libye, « Crusader » et El Alamein).

Page 156: « Contrairement à leurs camarades du Royaume-Uni, les hommes des Dominions, dans leur écrasante majorité, n’étaient pas des volontaires mais des conscrits. » C’est l’inverse! Les Australiens et les Néo-Zélandais sont tous des volontaires.

Page 157: prétend que les Canadiens ne s’engagent pas en Afrique car ils sont conscients des difficultés de recrutement… Je ne vois pas en quoi le problème ne sera pas plus d’acuité en Europe, en Italie comme en Normandie (et il le sera)…

Page 159: concernant les troupes coloniales françaises en AFN. « Elles restèrent à l’écart des combats jusqu’en 1943, au contraire des Forces françaises libres recrutées dans la zone subsaharienne de l’Afrique. » Il aurait été bon de rappeler que les FFL qui se battent au Moyen-Orient et en Afrique proviennent des quatre coins de l’empire, notamment du lointain Pacifique.

Le plus beau arrive page 165: « Trente corps de troupes allaient être engagés au combat d’infanterie d’El Alamein », et de détailler ces divisions les quatre qui lancent en effet l’assaut au nord du front le 23 octobre 1942)… Non! Il ne s’agit pas de trente corps, mais du XXX Corps!

Page 182: Le surnom de « renard du désert » pour Rommel ne date pas de l’après-guerre

 

Un dernier mot

Un certain nombre d’erreurs ou d’imprécisions qui n’entâchent pas la qualité du travail. J’ai évoqué dans un article la nécessaire polyvalence de celui qui écrit l’histoire militaire. Ce n’est pas le cas des auteurs de cet ouvrage, peu versés sur l’aspect militaire de la question. Mais, encore un fois, tel n’était pas leur propos ni leur objectif.

Le propos global reste pourtant très intéressant et, il faut le dire, souvent innovant. Au final, remercions Nicola Labanca, David Reynolds et Olivier Wieviorka d’avoir eu cette heureuse initiative qui permet de mettre en valeur la guerre du désert, trop souvent oubliée.

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