Recension , « La Guerre Romaine. 58 avant J.-C.-235 après J.-C. » par Yann Le Bohec

 

Yann Le Bohec, La Guerre Romaine. 58 avant J.-C.-235 après J.-C., Collection Texto, Tallandier, 2017, 475 pages

Contrairement à ce qu’affirme un poncif éculé, Rome n’aimait pas la guerre et faisait tout pour l’éviter. Ce livre, œuvre d’un des spécialistes incontestés de la question, est excellent et comblera tous les passionnés de l’armée romaine. Le style (parfois non dénué d’humour) et la somme de connaissances (et de références sérieuses) en font incontestablement un ouvrage de référence. On appréciera particulièrement l’honnêteté intellectuelle d’un historien qui se comporte en véritable historien, loin des inutiles querelles (il sait clore des débats inutiles sur des questions évidentes), ainsi que des présupposés politiques (l’auteur remet à sa place les auteurs marxistes et l’influence malheureuse qu’ils ont eu sur l’histoire militaire, qui à l’époque de l’école des Annales, qui sur Spartacus, etc). Le prologue est à cet égard remarquable. Y. Le Bohec, qui bât en brèche bien des idées reçues (comme l’idée d’une armée toujours disciplinée. Cf sur ce sujet L ‘armée romaine. Une armée modèle ? de Catherine Wolff, qui insiste sur les désertions et les transfuges), évite par ailleurs les nombreux anachronismes qui parsèment la réflexion de nombre de ses pairs. Toutefois, il se montre parfois trop affirmatif en balayant d’un revers de main les thèses qui ne sont pas les siennes. On sera surpris de voir l’armée parthe qualifiée de ne « valant pas grand chose » (Crassus en aurait été surpris), même si on peut entendre les arguments avancés. Quant au fait que l’armée romaine était pragmatique et qu’elle avait un grand sens de l’adaptabilité, je ne voit pas en quoi les historiens l’avaient sous-estimé jusqu’à présent… Le fait que les Romains chrétiens ait éprouvé des difficultés à concilier le métier des armes avec le commandement « tu ne tueras point » m’a toujours laissé dubitatif, au regard de la suite de l’Histoire, y compris au cours de l’Antiquité tardive…

Les thèmes les plus connus des amateurs et passionnés, tels que l’organisation et l’équipement de l’armée romaine sont revisités avec bonheur et permettent de briser quelques idées reçues. D’autres aspects moins souvent abordés ont retenu l’attention de l’auteur : citons seulement la religion, les mentalités, la logistique, etc. Les différents types de combats, et notamment un long développement sur la guérilla, sont abordés. Les passages sur la poliorcétique ou encore la stratégie sont passionnants. L’ouvrage est organisé comme une progression : I/L’armée comme institution ; II/ L’environnement de la guerre ; III/Vers le combat ; IV/ La tactique ; V/ La stratégie (chapitre très important qui revient sur les concepts de stratégie et d’impérialisme dans l’Antiquité). Le style est agréable à lire et le lecteur se sent transposé dans l’époque antique, capable de saisir le quotidien du soldat romain et de ses supérieurs. On ne s’ennuie jamais. Cette réédition en format Texto est la bienvenue. Un livre brillant que je recommande sans réserve. On en complétera la lecture avec des ouvrages tels que Le Soldat Romain (Errance, 2004) de François Gilbert et Christian Goudineau, un livre extraordinaire pour se plonger dans le quotidien d’un soldat et servi par de nombreuses images de reconstitution.


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