Recension « La Wehrmacht. La fin d’un mythe », sous la direction de Jean Lopez

Jean Lopez (sous la direction de) La Wehrmacht. La fin d’un mythe, Perrin, 2019, 482 pages

Un bel ouvrage, épais, richement illustré de photographies grands format (parfois sur deux pages, du plus bel effet), de cartes, ainsi que de dessins ou d’éclaté d’engins fort réussis. Le sujet est ambitieux, puisqu’il s’agit de tordre le cou au mythe de la Wehrmacht. Jean Lopez a déjà eu l’occasion de revenir sur certains de ses mythes dans son intéressant diptyque, Les Mythes de la Seconde Guerre Mondiale, dont j’ai souligné les points forts, ainsi que les limites, du 2e opus ici.

Le lecteur trouvera un livre organisé en trois parties: 1) la supériorité militaire allemande. Etude d’un mythe; 2) Les opérations; 3) Les armes.

Dans la présentation du livre, Jean Lopez précise qu’il ne s’agit pas dans cet ouvrage de traiter des crimes de l’armée allemande et du mythe d’une Wehrmacht « propre » et apolitique. Les chapitres s’évertuent au contraire à briser des idées reçues concernant cette armée. Le livre est en fait une compilation d’articles et de dossiers parus dans le magazine Guerres & Histoire, mais sous la forme d’un beau livre, compilation à laquelle s’ajoutent quatre articles inédits. Ce faisant, l’ouvrage n’aborde donc pas certaines armes (le Tiger ou les U-Boote), ou encore certaines campagnes (le front méditerranéen, éternel sacrifié). Ces réserves étant établies, le livre m’a fait la meilleure impression: il apportera beaucoup de réponses aux lecteurs curieux et questionne efficacement le déroulement de certaines campagnes, de même que la doctrine militaire allemande.

Le propos est fort didactique et bien mené, les lecteurs bénéficiant en outre de nombreux encadrés et pages de vocabulaires, ou encore , qui apportent nombre de précisions fort utiles. Notons aussi que si les auteurs ne traitent que de quelques matériels emblématiques (tels que le Panther ou le Stuka), l’étude est efficace.Les interviews sont intéressantes, celle évoquant la possibilité de l’emploi de Jagdtiger dans les Ardennes étant particulièrement surprenante. La narration des campagnes de Pologne et de France, ainsi que du front de l’Est, et accessoirement des événements survenus à l’Ouest en 1944-45, est bien menée. La campagne des Balkans, Dunkerque ou encore Bagration ont retenu mon attention.  Spécialiste de Barbarossa, Jean Lopez consacre de longues pages à cette opération qui amène tous les superlatifs. On apprécie des chapitres tels que  « Eben-Emael » ( par Hugues Wenkin, auteur belge apprécié), « Quand les vaincus écrivent l’Histoire » (un thème abordé dans mon livre, Etre Soldat de Hitler), « La Wehrmacht s’est-elle battue jusqu’au bout? », ainsi que la 1ère partie, la plus originale, consacrée à l’art de la guerre, avec un titre un peu provocateur à mon goût: »La supériorité militaire allemande. Etude d’un mythe ». Sur ce dernier point, Jean Lopez est moins formel que Guerres & Histoire a pu jadis en donner l’impression, puisque, dans l’avant-propos, il affirme qu’il ne faut pas « clamer que la Wehrmacht, dans ses trois armes, était une armée médiocre. » Cette partie est particulièrement intéressante, bien que la recherche d’une bataille décisive ne me parait pas être utopique: certaines placent l’ennemi dans une telle situation stratégique que l’issue de la guerre ne fait plus l’ombre d’un doute (cf la percée de Sedan à Dinant vers la mer, en 1940, ou encore Overlord).

Un bel ouvrage au final, même si je ne partage pas toutes les conclusions, par exemple en relativisant trop -à mes yeux- l’innovation que représente de qu’on a appelé la « Blitzkrieg« (ne serait-ce que dans la pratique: les Allemands sont bien les premiers!), ainsi que les propos de Jean-Claude Delhez quant à l’utilité et au caractère décisif des Panzer et des chars plus généralement. Mais ces divergences restent mesurées et plutôt rares.

Au final, un complément à mon Etre Soldat de Hitler, publié chez le même éditeur, qui aborde des points différents et qui questionne de nombreux mythes entourant la Wehrmacht, à commencer par celui qui établit le postulat (très connoté idéologiquement) qu’il ne s’agissait que d’une armée comme les autres.

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