Recension « Les femmes et le sexe dans la Rome ancienne »de Virginie Girod

 

Virginie Girod, Les femmes et le sexe dans la Rome ancienne, Tallandier

Un livre bien fait et bien structuré, ce qui ne saurait surprendre puisqu’il s’agit de la publication d’une thèse, ce qui a toutefois la fâcheuse conséquence de devoir lire des conclusions/résumés de fin de chapitres redondantes et inutiles. Je l’affirme d’emblée: le livre m’a plu, même si j’ai déjà lu d’autres ouvrages sur le thème et que je vais souligner quelques points qui ont pu me poser problème. Le propos est bien celui des femmes romaines (ou plutôt « du monde romain » car il est beaucoup question de non-citoyennes) –même si les déesses et les héroïnes mythiques sont évoquées (et c’est une bonne initiative)- et non les hommes romains, forcément concernés plus ou moins directement par le sujet de l’étude… Les chapitres sur les cultes, les interdits ou le corps féminins sont intéressants. On regrettera que l’ouvrage ne contienne pas des références et des comparaisons avec les autres civilisations antiques, ainsi que les raisons de l’influence ou de la non-influence de celles-ci sur la sexualité (et Rome n’est certainement pas la seule a avoir influencé la « sexualité occidentale », pour autant que cette expression ait un sens). Rome n’existe pas en vase clos. Par ailleurs, la question de la sexualité serait plus intéressante sur la longue durée: on regrettera également que ce ne soit pas l’intégralité de l’Histoire romaine qui soit abordée, car on ne peut imaginer l’absence de nuances sur plus d’un millénaire de civilisation. L’auteure nous rappelle que la vision de la sexualité des Romains n’est pas la nôtre et qu’il convient de ne pas considérer comme obscène ce qui ne l’était pas à l’époque. La description des pratiques sexuelles est intéressante et évite toute pudibonderie (l’explication du sens des mots latins utilisés pour décrire ce qui touche au sexe est instructif), pour autant qu’on puisse découvrir des spécificités dans les pratiques d’alcôves –positions ou autres- propres à un peuple, ce qui semble bien improbable. L’auteure fournit cependant de nombreux éléments. Traiter de la sexualité requiert d’aborder le contexte social, et donc celui du mariage (ses raisons et ses rites, peu évoqués), de la place de la femme dans la société, l’économie et la famille. La plupart des Romaines étaient de basse condition, des paysannes ou des prolétaires vivant dans des cités, et elles semblent être les grandes absentes du livre : on semble rester au niveau de l’impératrice ou de la putain… V. Girod traite cependant très bien le thème qu’elle a choisi d’aborder. Je recommande d’autres lectures sur le sujet, fournissant d’autres éléments : La vie sexuelle à Rome de Géraldine Puccini, qui m’a le plus intéressé sur le sujet ; Sexe et Pouvoir à Rome de Paul Veyne ; ainsi que, dans un registre un peu différent,  Sexus Joyus de Vickly Léon. L’ouvrage de Virginie Girod, que j’ai apprécié malgré tout, m’apparaît pourtant comme un incontournable sur le sujet et mérite cependant d’être lu pour ceux qui se passionnent sur la sexualité, sur les femmes dans l’Antiquité ou, tout simplement, sur la civilisation romaine.

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