Recension Les Mythes de la Seconde Guerre Mondiale, Volume 2

 

Jean Lopez et Olivier Wieviorka (sous la direction de), Les Mythes de la Seconde Guerre Mondiale, Volume 2, Perrin, 2017

J’avais apprécié le 1er opus (recensé dans 2e Guerre Mondiale Magazine) et ce second volume est le bienvenu, aussi intéressant que le premier. Il en possède également les limites : le nombre limité de signes avec lequel chaque auteur doit traiter de son sujet (ils y parviennent) ainsi que la présence de sujets qui ne correspondent guère au titre de l’ouvrage. Les auteurs sont pour la plupart des connaisseurs sérieux de leur sujet, même si, comme d’habitude, Lopez bat le rappel de son équipe de Guerre & Histoire, pour le meilleur et pour le pire.

De nombreux textes sont très réussis : on appréciera notamment « Les Italiens, de gentils occupants ? » par Davide Rodogno, celui de Vincent Bernard sur le fameux mythe des 100 000 tués et des 1 000 victoires aériennes de 1940, de même que les sujets sur Vichy ou encore les deux textes que Pierre Grumberg consacre à la guerre du Pacifique. Des sujets originaux comme « La Suisse, un pays neutre » par Marc Perrenoud. « Le monde arabe a souhaité la victoire du Reich » : utile mise au point de Christian Destremau, dont il faut lire le livre Le Moyen-Orient dans la Seconde Guerre Mondiale, car les préjugés et les incompréhensions peuvent être tenaces sur un tel sujet. Mon attention a été retenue par le sujet traité par Régis Schlagdenhauffen : « Les homosexuels d’Europe ont été déportés ». En effet, les recherches sur ce sujet ont été réalisées par des chercheurs que je connais bien lorsque je travaillais à la Fondation pour la Mémoire de la Déportation (qui n’est pas citée dans les sources). Jean Lopez et Lasha Otkhmezuri réalisent deux textes fort réussis sur Moscou ainsi que sur le mythe de Stalingrad comme tournant de la guerre, le premier semblant avoir enfin compris que la Seconde Guerre mondiale ne se limite aucunement au front de l’Est. Par contre, Benoist Bihan est moins pertinent sur le sujet, obsédé qu’il est sur l’art opératif. Il tente de battre en brèche un mythe : « Les Soviétiques l’ont emporté grâce au nombre ». Il faudrait plutôt dire qu’ils ne l’ont pas emporté qu’avec le bénéfice du nombre, mais grâce à des progrès spectaculaires dans l’organisation, la pratique de l’art opératif ainsi que dans le matériel. Mais sans supériorité numérique et matérielle (et les opérations menées par les Alliés occidentaux sur mer, dans les cieux et sur terre à partir de 1942 prennent ici tous leur sens), les Soviétiques n’auraient pas pu vaincre leur adversaire. Comme dans le 1er opus paru en, certains mythes présentés ici n’en sont pas : « Hitler, chef infaillible ? » (qui pense que Hitler est un génie de la guerre ?). Quant au travail de Jean-Christophe Noël, « Les Allemands ont failli remporter la bataille d’Angleterre », la question reste posée.

Nicolas Aubin traite d’un sujet que je connais bien : George S. Patton. Force est de constater qu’il ne maîtrise pas son sujet aussi bien que moi (il n’y a pas consacré le travail considérable que j’ai fourni à ce propos) et qu’il peine à trouver des arguments. Lorsqu’il ouvre une porte ouverte en déclarant que Marshall, Somervell et McNair ont tenu un plus grand rôle, c’est une évidence en raison des postes qu’ils ont tenu ! Son article traitant du mythe « Patton, le meilleur général américain » est médiocre, cet auteur, qui multiplie les critiques, étant dans la mouvance de ceux qui remettent systématiquement tout en cause, méprisent et critiquent sans vergogne les écrits des décennies passées ainsi que ceux des autres auteurs, et, persuadés d’être de grands spécialistes, croient à tort apporter du neuf à l’historiographie. N. Aubin, qui sous-estime constamment les réussites de Patton, ose comparer celui-ci avec Patch et Simpson, prétendant que ces derniers sont de meilleurs généraux, sans esquisser le moindre argument pour justifier cet oukase. Quant à la manière de minimiser son rôle dans l’exploitation de la percée d’Avranches, en osant prétendre qu’elle a été planifiée par Montgomery et Bradley, une telle absurdité confine à l’amateurisme. Pour ce qui de la question « Patton, le meilleur général américain ? », je renvoie les lecteurs au chapitre de ma biographie consacré au général, qui traite précisément -et sérieusement- de la question.

On remarque que, comme dans le premier tome, la guerre en Afrique n’est pas abordée : quid du mythe de Bir Hacheim avec des FFL qui auraient permis le rétablissement à El Alamein ? Qui du mythe de Kasserine comme première défaite de l’US Army face aux Allemands ? Qui du caractère décisif de la seconde bataille d’EL Alamein ? Les batailles de Normandie et des Ardennes, quoi que considérables, sont elles aussi ignorées. Le livre se termine par un dernier chapitre, réussi et intéressant, consacré à Hiroshima.

Au final, un ouvrage aussi réussi que le précédent et dont je recommande la lecture.

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