Recension « L’Or, l’Empire et le sang. La guerre anglo-boer (1899-1902) »de Martin Bossenbroek

Martin Bossenbroek, L’Or, l’Empire et le sang. La guerre anglo-boer (1899-1902), Le Seuil, 2018

Les lecteurs français peuvent enfin bénéficier d’un livre en langue française consacré à la guerre des Boers qui soit digne de ce nom (celui de Lugan, écrivain par ailleurs orienté, est intéressant mais n’est pas au niveau de la présente étude). Le Seuil publie une traduction de l’œuvre d’un historien néerlandais, ce qui ne saurait surprendre puisque les Boers sont descendants de colons issus des Pays-Bas, un pays dont le rôle et la position, au cours de ce qui fût la plus grande guerre coloniale, reste méconnu. C’est précisément cet écueil qu’entend éviter l’auteur. Après avoir narré la genèse et l’évolution des Etats boers, Martin Bossenbroeck, sans concession mais objectif sur les colons, prend le parti, justifié et heureux, de nous rapporter les faits à travers le prisme narratif d’un des principaux dirigeants boers, William Leyds, qui se trouve être –au début des faits relatés- de nationalité hollandaise. Le contexte sud-africain est très bien expliqué, de même que les prémices de la guerre, tels que le raid Jameson. Krüger, Steyn, Rhodes, Milner, Buller, Kitchener, Smuths, Botha, De Wet, etc : une galerie de personnages de premier plan très bien présentés. Le récits des batailles et des opérations, vivant et clair, accompagnés des péripéties d’individus particuliers comme W. Churchill ou D. Reitz (qui ont vécu des épopées incroyables), est efficace. Martin Bossenbroeck n’évite pas la question de la détention des familles boer dans les camps anglais, donc de décrire l’action d’Emily Hobhouse . Outre les positions complexes de certaines populations, ainsi que l’arrière-plan diplomatique du conflit, un des nombreux mérites du livre est de présenter également les conséquences des guerres, et en particulier de celle de 1899-1902, sur les différentes tribus africaines. Le legs de la guerre des Boers, esquissé en introduction avec la question de la mémoire de ce conflit en Afrique du Sud, est abordé de façon pertinente en fin d’ouvrage, où l’auteur nous rappelle les faits politiques et sociaux marquants du siècle (évidemment l’Apartheid), jusqu’à l’avènement de l’ANC, dont les dirigeants ont dû prendre en compte le difficile passé Afrikaan de la nation devenue « arc en ciel ». J’ai beaucoup appris sur un conflit à propos duquel j’ai pourtant déjà abondamment lu en langue française, et surtout en anglais. Je le recommande vivement à tous les passionnés de l’époque coloniale, de la guerre des Boers en particulier, mais aussi ceux qui veulent connaître l’histoire d’une région majeure de l’Afrique, ou tout simplement les lecteurs soucieux de se cultiver en passant un bon moment de lecture. Un bon livre de guerre et d’aventures, mais pas seulement…

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