Recension Mémoires d’Erich von Manstein

Erich von Manstein, Mémoires, Collection Tempus, Perrin, 2017

S’il est toujours préférable de lire un auteur dans sa langue d’origine, cette réédition des mémoires de Manstein, que l’intéressé avait appelées « Victoires Perdues », est la bienvenue pour être accessible au plus grand nombre de lecteurs français. Il ne faut pas bouder les écrits des grands leaders militaires de la guerre au prétexte que leur relation des événements serait forcément biaisée, tournée à leur avantage, en un mot : partiale. Il est certes préférable de connaître assez bien la Seconde Guerre mondiale pour se lancer dans la lecture de Manstein (qui a déjà fait l’objet de deux biographies remarquées publiées aux éditions Perrin : celle de Benoît Lemay et celle de Pierre Servent), mais ce prérequis n’est nullement obligé.

Pour ma part, je trouve cet ouvrage remarquable. Après une utile introduction de Pierre Servent dans cette édition française, le général allemand livre un récit qui multiplie les hauteurs de vue, fournissant, outre un récit des combats, une multitude d’informations sur la genèse des opérations, ainsi que sur les options stratégiques qui se sont offertes aux Allemands. On reste captivé dès les premières pages consacrées à la campagne de Pologne. Les chapitres consacrés à la genèse du « coup de faucille », à l’éventualité d’un débarquement en Angleterre ou encore aux questions stratégiques sur le front de l’Est sont éclairants et passionnants, et font montre d’une belle capacité de réflexion de la part de l’intéressé. Les passages consacrés à Stalingrad, Kharkov et Koursk sont du plus haut intérêt. Il faut certes parfois savoir lire entre les lignes. Car nous sommes en présence des souvenirs d’un homme qui a longtemps tenu des postes élevés au sein de la Wehrmacht, général de corps, d’armée puis de groupe d’armées. Les nombreuses pages qu’il consacre à Hitler sont du plus haut intérêt, Manstein ne cédant pas à la critique systématique du dictateur, pas plus qu’à une mauvaise fois quant au caractère et à ses relations avec ce dernier, comme tant d’autres anciens de la Wehrmacht, pour mieux se démarquer d’un des plus grands criminels de l’Histoire. Le constat et les sont souvent pertinents, lucides et on a au final le point de vue d’un des principaux responsable du front de l’Est, où le sort de la guerre s’est joué. On regrette que celui-ci ne fasse que peu de cas à la situation stratégique globale, écueil récurrent au sein du haut-commandement allemand, et plus particulièrement pour les généraux qui ont tenu des responsabilités à l’Est. On ne décèlera pas plus de traces des ordres criminels ainsi que des exactions commises, pas plus que les accents nationaux-socialistes qu’ont pu prendre les ordres du jour d’Erich von Manstein. Mais, dans le cadre de mémoires, faut-il s’en étonner ? Certes, non. Un ouvrage très intéressant que tous les passionnés de la Seconde Guerre mondiale doivent lire, de concert avec une biographie du personnage. A lire.

 

 

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