Recension « Mondes en Guerre. Tome 1: de la Préhistoire au Moyen Age »

Giusto Traina (sous la direction de), Mondes en Guerre. Tome 1: de la Préhistoire au Moyen Age, Passés Composés, 2019

Un réel moment de plaisir…

Ce premier opus d’une somme destiné à décrire le fait guerrier sur l’ensemble du spectre de l’histoire de l’Humanité est une divine surprise pour le passionné d’histoire militaire.

Les éditions Passés Composés nous gratifient en effet d’un superbe ouvrage, de bon augure pour les trois autres tomes annoncés. Passionné d’histoire ancienne depuis toujours, j’ai pu apprécier la qualité du propos.  On sent un texte écrit à l’aune de recherches le plus récentes et qui est le fruit d’une connaissance pointue des thèmes abordés. L’aspect est d’emblée remarquable et attirant: il s’agit d’un très beau livre, richement illustré. 750 pages, dont près de 700 de texte.

Les auteurs ont eu l’excellente idée de débuter par l’aube de l’histoire de la guerre, qui se confond avec celle de l’humanité: il est donc d’abord question de Préhistoire. Pour ce qui est de l’Antiquité, les incontournables Grecs et Romains ne sont pas les seuls considérés: le lecteur a droit d’emblée à une revue de la façon de faire la guerre en Mésopotamie et en Egypte. Mieux: le livre dirigé par Giusto Traina nous emmène régulièrement sous des cieux le plus souvent délaissés: l’Inde et la Chine, mais aussi les peuples de la steppe (Scythes, Huns et autres Mongols). Ce faisant, nous découvrons ainsi les différentes approches de la guerre, les similitudes et différences entre les civilisations pour ce qui est du fait de guerre, du guerrier et de tout ce qui en découle.

Le lecteur découvre aussi à intervalles des équivalents d' »encadrés » d’articles de magazine, à savoir des focus -sur deux pages- portant sur tel ou tel point évoqué dans le texte: le château Gaillard aux Andelys ou encore l’organisation des camps romains. Il est aussi question de littérature militaire, de traités de stratégie, pour tous les peuples considérés (avec des incontournables comme Sun Tzu). On croise aussi au fil du texte aussi bien le rôle attendu des dirigeants en temps de guerre, que l’organisation des armées, l’équipement et les armes, le statiques, ainsi que les catégories de soldats: quel place par exemple pour le mercenaire, le soldat-citoyen, etc.

Après une partie sur la naissance de la guerre (aussi bien Sargon que Ramsès II, mais aussi… Ötsi…) donc sur la Préhistoire et le Moyen-Orient , une seconde partie traite de l’Orient (Inde et Extrême-Orient) et surtout de la Grèce, avec en premier lieu les guerres médiques et la guerre du Péloponnèse, dont je ne me lasse jamais. La partie suivante traite de l’évolution au IVe siècle avant Jésus-Christ, où il est beaucoup question -notamment dans le monde grec, y compris aux confins du monde hellénistique- de l’évolution de la poliorcétique, ainsi que de l’usage de la cavalerie. Des pages passionnantes, même lorsqu’on a beaucoup lu sur le sujet. Un long passage est consacré aux éléphants de guerre

Rome se taille la part du lion, comme il se doit: deux parties lui sont quasiment consacrées, même si des va-et-vient sont opérés avec d’autres civilisations. L’étude est poussée et instructive, des chapitres entiers étant consacrés à l’organisation de l’armée, l’Antiquité tardive n’étant pas négligée, ce qui est une aubaine pour le lecteur, le grand public étant le plus souvent abreuvé de récits traitant du Haut-Empire. Il est tout aussi bien question des formes de la guerre, de ses coûts et profits, que de l’usage des stratagèmes. L’explication de l’incapacité romaine à empêcher l’effondrement de l’empire est intéressante.

Les parties consacrées au Moyen Age sont à l’avenant, le lecteur étant confronté aux diverses situations imaginables, à l’évolution qui mène à la formation d’une entité guerrière professionnelle en Occident (les chevaliers), tout en croisant aussi bien les Vikings,  Guillaume le Conquérant, que les routiers ou encore les armées de la guerre de Cent Ans. Certains chapitres fournissent une multitude d’informations sortant du seul cadre du récit chronologique, à l’instar du passage portant sur les chevaux (on y apprend la nécessité de rapporter la dépouille de l’animal pour espérer un remboursement…). La logistique et les raisons de combattre ne sont pas oubliées. Les auteurs abordent aussi l’influence de la religion sur la guerre. Initiative heureuse, comme pour les parties traitant de l’Antiquité, l’étude de l’Inde et de l’Extrême-Orient se poursuit et le livre se termine sur des pages captivantes consacrées aux armées du monde musulman médiéval, ainsi qu’à l’empire byzantin.

Bref, un texte passionnant, limpide et instructif, servi par une iconographie riche (de grandes photographies de très belle qualité, bien sélectionnées et légendées avec intelligence te non de façon convenue) et de superbes cartes signées Aurélie Boissière…

Nous avons là une somme incontournable pour les passionnés. Lecture vivement recommandée!

 

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