Recension Roman Töppel, Koursk, 1943. La plus grande bataille de la Seconde Guerre mondiale

Roman Töppel, Koursk, 1943. La plus grande bataille de la Seconde Guerre mondiale, Perrin, 2018, 303 pages

On pensait avoir tout lu sur cette fameuse bataille, mais Roman Töppel, dans un ouvrage fort réussi, à la lecture claire et facile, nous offre une vision en partie renouvelée de la bataille titanesque survenue en Ukraine au cours de l’été 1943. On appréciera la préface de Jean Lopez, très honnête intellectuellement (ce qui n’est pas si courant), alors qu’il est lui-même auteur d’un ouvrage à succès sur la question. Outre les récents hors-séries des magazines « Batailles & Blindés » (N°34) et « Ligne de Front » (N°31) aux éditions Caraktère, très riches iconographiquement, les lecteurs français ont déjà à leur disposition des livres très documentés sur la question, tels que le Koursk. Les 40 jours qui ébranlèrent la Wehrmacht (Economica, 2008) de Jean Lopez (qui ) ou encore Koursk. Staline défie Hitler de Nicolas Pontic (Tallandier, 2015), deux ouvrages qui ont tout leur intérêt. Le lecteur soucieux d’entrer dans le détail tactique d’une portion du front pourra acquérir Le III. Panzerkorps à Koursk de Didier Lodieu. Le nouveau livre, remarquable, de R. Töppel ne fait pas double-emploi avec les précédents. Il apporte même une sorte de vent nouveau sur le sujet. L’auteur consacre 120 pages, soit presque la moitié de son livre (261 pages hors notes), à la genèse ainsi qu’à la préparation de l’opération. La finesse de l’analyse est . Hitler n’aurait pas repoussé l’opération pour de seules raisons d’ordre numérique, à savoir disposer de davantage de Panzer pour l’offensive, pas plus qu’il s’est imposé à des généraux hostiles à l’offensive (la position concernant Guderian est très intéressante). Des personnages peu connus, et dont le rôle a été jusque-là négligé dans la genèse de l’opération « Citadelle », à l’instar du General Schmidt , sont mis en valeur. La position de Hitler vis à vis de l’offensive est plus compliquée qu’on ne le soupçonne. L’importance politique de celle-ci est bien expliquée, de même que les enjeux et alternatives possibles. La présentation des armées, et surtout des nouveaux chars, n’est pas redondante et elle s’avère bien amenée, même si on a beaucoup lu sur le sujet. R. Töppel s’est adonné à une étude minutieuse des archives pour établir des bilans chiffrés les plus corrects possibles, et il est le plus souvent convainquant, certains de ses résultats étant surprenants. Les livres des auteurs précédents remettaient déjà en cause la doxa de la bataille, notamment sur la bataille de Prokhorovka, ainsi que l’importance des opérations sur le Mious et le caractère relatif des pertes en blindés allemands. R. Töppel semble toutefois négliger les engins seulement endommagés, et surtout les nombreux Panzer et StuG qui seront abandonnés lors de la retraite sur le Dniepr. Par ailleurs, si la remise en cause est salutaire, et essentielle en Histoire, il a peut-être tendance à tout vouloir relativiser ou questionner. Certes, aucune unité n’est transférée de l’Est vers la Sicile en juillet 1943, mais est-ce pour autant que l’opération « Husky » n’a pas influé sur « Citadelle » (l’auteur semble surtout focalisé sur l’Ostfront dans a perception du conflit : un travers très répandu)? Le récit de la bataille est très clair et va à l’essentiel, remettant en cause les supposées défaillances d’engins tels que les Tiger Ferdinand, et mettant en exergue les erreurs de certains officiers allemands. L’auteur n’est pas de ceux qui dénigrent à l’envi l’armée allemande dans une vaine quête de démontrer la supériorité de l’Armée rouge : la maîtrise tactique de la Wehrmacht, un cran nettement au-dessus de son adversaire, sur terre comme dans les airs, est une nouvelle fois démontrée. Le dernier chapitre « Victoires mensongères » est du plus haut intérêt. Le rapport des pertes est largement en faveur des Allemands, dans tous les domaines mais, in fine, pour les Soviétiques, la victoire est acquise sans que leur capacité offensive ne soit anéantie, et c’est là l’essentiel. Au final, Koursk, 1943. La plus grande bataille de la Seconde Guerre mondiale (on pourra contester le sous-titre), procure un bon moment de lecture, du plus haut intérêt pour tout passionné de la Seconde Guerre mondiale, à commencer par les aficionados du front de l’Est. J’ai personnellement beaucoup appris.

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