Recension « Un tout petit monde. Les réseaux grecs de l’Antiquité » d’Irad Malkin

 

Un tout petit monde. Les réseaux grecs de l’Antiquité, Irad Malkin, Les Belles Lettres, 2018

La période archaïque constitue une période cruciale de la civilisation grecque. Elle voit entre autre l’émergence de la Polis et le développement du combat hoplitique. Elle est également le cadre de l’expansion de l’hellénisme par la colonisation des rives de la Méditerranée et de la Mer Noire. L’auteur choisit astucieusement de transférer à la Grèce antique la théorie des réseaux, et, donc, les schémas explicatifs du système des réseaux (donc d’Internet), comme les hubs, généralement adoptés pour rendre compte du monde actuel, globalisé et interconnecté. Malkin, qui fait référence à de nombreux devanciers ayant traité de la Méditerranée, comme Braudel, offre une vision originale de la matrice de la civilisation grecque. Une raison qui suffit à acheter cet ouvrage. Par ailleurs, Irad Malkin a raison de rejeter les anciens schémas explicatifs de la colonisation grecque, trop attachés à l’expérience coloniale européenne du 19e s, qui n’a absolument aucun rapport. Les exemples de Rhodes, Marseille et de Naucratis sont plus particulièrement étudiés, mais ce ne sont pas les seuls, de même que, notamment, les cultes d’Héraclès et d’Artémis d’Ephèse. Malkin, qui nous présente également la vision que les « autres » avaient des Grecs, essaye de montrer le développement de la civilisation grecque, du sentiment d’appartenir à une culture spécifique. Selon lui, l’éloignement, loin de diluer le sentiment d’appartenance à la grécité, n’a fait que renforcer celui-ci, permettant de définir avec davantage d’acuité ce qui est grec par opposition à ce qui est barbare. Opposition toute relative car montre combien l’interdépendance et les interactions sont nombreuses et variées avec les autres cultures, étrusque, carthaginoise, phénicienne ou phrygienne, ainsi que les influences réciproques (les pages relatives aux questions des cultes sont très intéressantes à ce propos). L’auteur accorde aussi un intérêt à la perception des Grecs par les « autres », ce qui est aussi une manière de définir ce qui est grec. La vision du monde méditerranéen s’effectue aussi « depuis la mer », selon une perspective maritime, en direction de la terre. Il s’agit là du type même de travail universitaire des plus intéressants à découvrir, et qui permet d’avancer dans la connaissance de la civilisation grecque.

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