Films de Guerre/ War Movies (10/100): LA BATAILLE DE MIDWAY

LA BATAILLE DE MIDWAY

  

La bataille de Midway, que j’ai relatée ici, est considérée, avec la bataille de Guadalcanal, comme étant le tournant de la guerre du Pacifique. Il était donc attendu qu’Hollywood s’attèle un jour à la reconstituer cet épisode de la Seconde Guerre mondiale, non dénué d’un certain souffle épique.

Une production bénéficiant de moyens conséquents

Le film de Jack Smight, sorti en 1976, est une superproduction qui n’a pas perdu de son charme. Cette oeuvre est agréable à visionner, ne serait-ce parce que le matériel ne manque pas: on est loin des réalisations à petits budgets qui ne disposent que de quelques figurants et une poignée d’engins. Les scènes aériennes -cruciales pour un film relatant une bataille où l’aéronavale tient le 1er rôle- sont centrales, mais le réalisateur utilise quelques appareils de la guerre non en service en juin 1942, ainsi que de nombreux inserts provenant d’extraits d’autres oeuvres (en particulier du film Tora! Tora! Tora!, qui met en scène l’attaque de Pearl Harbour)ou d’archives en couleur de l’époque ou , que la différence de qualité des pellicules les rend très visibles (surtout lors des crashs à l’apontage… quand les modèles ne correspondent pas…)… Cela n’altère cependant en rien le récit.

 

Le film bénéficie toutefois de moyens conséquents -des porte-avions! (le deuxième  USS Lexington, de type Essex)- et cela participe de sa réussite, les trucages donnant l’illusion de véritables flottes. Les uniformes et l’équipement des soldats sont réalistes.

Les GI de Midway sont bien doté de casques « plats à barbe »

Les intérêts du film

Disons-le d’emblée: la trame de la bataille est bien rendue et les affrontements aériens ainsi que les attaques aéronavales sont spectaculaires. Le film a le grand mérite de nous présenter la bataille du point de vue des deux camps, en alternance, des préparatifs de la bataille à la conclusion de celle-ci. Le réalisateur s’attache également à nous expliquer la grande stratégie, et nous brosse le portrait d’un certain nombre de grands commandant de l’époque, américains comme japonais, tout en présentant le vécu « au combat » des hommes au front, notamment par le biais du rôle confié à Charlton Heston et de son fils à l’écran.

On notera le grand rôle de Robert Mitchum!!!

Henri Fonda est particulièrement crédible dans le rôle de l’amiral Nimitz (en sus d’une certaine ressemblance).

Charlton Heston: une valeur sûre et un rôle imaginaire qui évite de donner au film un aspect documentaire en mettant en scène des pilotes aussi bien au combat qu’en dehors de celui-ci.

On apprécie aussi la représentation du drame survenu aux Américains d’origine nipponne, ainsi qu’aux ressortissants du pays du Soleil-Levant: l’internement dans des camps. C’est par le biais d’une idylle entre le fils du personnage joué par Charlton Heston et une jeune japonaise que le réalisateur nous fait prendre conscience de cette réalité, qui évite ainsi au film d’être juste une succession de combats et la simple relation d’une bataille.

Une histoire d’amour insérée dans un film de guerre, mais qui a l’intérêt de faire découvrir un drame historique aux spectateurs

Le scénario ménage un certain suspense, notamment les scènes des vols de reconnaissance des hydravions américains PBY Catalina, ou encore lors des affrontements aériens suivis à distance par radio par les officiers supérieurs: un beau moment de cinéma qui nous fait partager la tragédie comme si on y assistait…

Des scènes d’action efficaces

Le film présent un autre aspect réaliste de la guerre du Pacifique: l’inflexibilité des officiers japonais, leur incapacité à admettre leurs erreurs, faute de perdre la face, et donc de modifier leur stratégie en conséquence… Un travers que sauront habilement exploiter les hauts-responsables des armées alliées, notamment le général britannique Slim sur le front de Birmanie.

Le film présente aussi un autre élément véridique et décisif: le cassage des codes japonais par les Américains

Au mois d’avril 1942, la « Station Hypo », qui regroupe les installations d’écoute et de décodage de Pearl Harbor et les services analogues en place à Washington et en Australie, réussit à combler le retard. Ce succès est en partie attribuable au fait que les nouveaux codes japonais, périodiquement distribués, sont communiqués avec retard à certains QG, en raison de l’éparpillement des bases japonaises dans leur immense empire. Ces QG continuent par conséquent à utiliser les codes et chiffres anciens, que les américains peuvent comprendre en partie. Si les crypto-analystes lisent rarement plus de 10 à 15% des messages, combiné aux résultats des écoutes radio, cela permet d’interpréter les intentions japonaises avec une faible marge d’erreur. La modification du principal code de la marine japonaise est achevée fin mai 1942. A cette date, les Américains ont réussi à reconstituer la quasi-totalité du plan d’opération de Yamamoto pour la bataille de Midway, ainsi que la désignation des Aléoutiennes comme objectif de diversion, de même que la date et la direction des attaques japonaises. Les renseignements obtenus n’assurent certes pas la victoire, mais elle la rende possible.

Les limites de l’oeuvre

Le film n’est pas exempt de défauts et d’imperfection. Les Américains ont évidemment le beau rôle: ils ont le sens du sacrifice (quoique certains pilotes japonais l’aient aussi), ils sont déterminés, ils font montre d’un luxe d’ingéniosité… L’inflexibilité nipponne battue en brèche par la volonté de fer des Américains. Ces derniers sont représentés comme très inférieurs en nombre, ce qui renforce le caractère héroïque de leur prouesse. Déterminés, ils le sont, à l’instar de Nimitz, déjà vainqueur, mais qui veut « ce 4e porte-avions ». L’Amérique va jusqu’au bout de ce qu’elle entreprend et elle le fait toujours du mieux possible…

  

Cela tombe bien: les « méchants » ont des uniformes foncés et les « gentils » ont des tenues nettement plus claires…

On notera aussi à quel point les Américains apparaissent décontractés (le record est détenu par le responsable du déchiffrements des codes japonais), ainsi que la façon informelle avec laquelle les officiers se saluent, s’adressent les uns aux autres: on sent par ailleurs qu’une certaine amitié lient certains d’entre eux, aux antipodes de Japonais bien rigides. Nimitz apparaît également comme un vrai chef, résolu, celui qui prend des décisions. Nagumo semble au contraire trop influencé par ses subordonnés. Quant à Yamamoto, il semble impuissant face aux événements… Il y a enfin la figure de l’empereur, invisible, qui semble redoutable (on se croirait presque dans Star Wars…) et devant lequel il appartient au seul Yamamoto de présenter ses excuses, « à Sa Majesté »…

Au final, un bon film que je me lasse pas de redécouvrir.

Films de Guerre/ War Movies (9/100): CARILLONS SANS JOIE

CARILLONS SANS JOIE

Une fois n’est pas coutume, la France est à l’honneur dans un film de guerre signé Charles Brabant (sur un scénario de Denys de la Patellière qui, décidément, se passionne pour la guerre en Afrique: il réalisera peu après Un taxi pour Tobrouk, que j’ai commenté ici, puis Les Epées de Diamant, fiction basée sur la vie de Hans-Joachim Marseille, l’as de la Luftwaffe en Afrique). Et le sujet est pour le moins original: la bataille de Medjez-el-Bab, en novembre 1942, sur un front méconnu, pourtant le cadre d’une campagne majeure et de prime importance: la Tunisie.
Ce petit film original -que je recommande- a été tourné dans le sud de la France -dans la Var- en 1961, sur un espace qui rappelle l’Afrique du Nord, moyennant l’implantation d’un « village tunisien » dans le décor et un défrichement de la végétation.

Si les faits relatés sont véridiques, et d’autant plus importants qu’ils représentent le retour de l’armée française -l’Armée d’Afrique qui dépendait de Vichy- du côté des Alliés avec des effectifs conséquents (ce que n’étaient certes pas les FFL, bien peu nombreux…), le film fait quelques entorses avec la réalité.

On note d’abord l’absence de paras allemands -les Fallschirmjäger– parmi les assaillants, puisque ce sont les soldats du FJR 5 qui réaliseront l’exploit, sans blindés -contrairement au film- et sans bénéficier de la supériorité numérique, bien au contraire. Soutenus par des Stuka, c’est à la faveur d’un véritable coup de bluff que Knoche s’empare du pont sur la Medjerda, qui donne toute son importance à ce carrefour routier.

Ci-dessus: Fallschirmjäger en Tunisie, près d’un panneau indicateur mentionnant le lieu de leurs exploits du début de campagne.

Le réalisateur met bien en lice une poignée d’Américains, ce qui est réaliste (sauf la présence d’un Noir: les formations américaines partaient encore la ségrégation…), les Britanniques, paras (« Red Devils ») et artilleurs, sont oubliés…

 

Moyens et acteurs

Une pléiade d’acteurs français célèbres de l’époque jouent dans le film: Paul Meurisse (le capitaine de Lambérie, l’officier français qui entend faire son devoir), Raymond Pellegrin (Bourgeon, un autre cadre français, pressé d’en découdre avec les Allemands), Roger Hanin, Georges Wilson, la belle Dany Carrel (une juive tunisienne)… Les rôles allemands ne sont pas vraiment développés

Côté matériel d’époque , il y a bien un half-track américain, des Kübelwagen, des motos BMW et Zundapp ainsi qu’un Laffly, mais, si les Français son corrects (avec de beaux FM 24/29 et les fameuses bandes molletières), en revanche, les uniformes des Allemands ne sont pas conformes: ce ne sont pas des paras et, quand bien même il s’agirait d’évoquer des soldats de la Heer ou des rampants de la Luftwaffe, les tenues sont fantaisistes, l’équipement en cuir et non en coton filé (ceinturons, brelages, etc), les bottes en caoutchouc (le cuir aurait été aussi une erreur: il aurait fallu des brodequins ou des bottes lacées en toile)…

Le film

En dépit d’un fidélité absolue à la réalité historique, le récit est tout de même bien fait et intéressant car il met bien en évidence le dilemme qui frappait le forces de Vichy déployées en Tunisie commandées par le général Barré: des ordres contradictoires, une envie de reprendre la lutte contre l’envahisseur de 1940 mais un légalisme absolu des officiers supérieurs, les directives de l’amiral Esteva en Tunisie… Pour étoffer le scénario, une idylle survient entre Pellegrin et Carrel, mais elle n’est pas incongrue. On notera un élément stupéfiant et osé: Roger Hanin campe un soldat ouvertement antisémite… Comme dans la ralité, les Allemands doivent négocier leur passage, mais les Français attendent les directives de leurs supérieurs. Finalement, le combat éclate. Un des épisodes forts du film est le moment de bravoure -ou de folie?- de Meurisse/Lambérie défiant les Allemands du haut de son cheval sur le pont tant convoité…

Pour voir des photographies du tournage:

http://www.livresdeguerre.net/forum/contribution.php?index=20447

Les faits historiques:

Le Fallschirmjäger-Regiment 5. ne possède que les I et III bataillonen, le second étant affecté à la Brigade Ramcke depuis le printemps 1942. Koch, un des héros d’Eben-Emaël en 1940, et ses Fallschirmjäger parviennent à s’emparer de l’important carrefour de Medjez el Bab à la faveur d’un incroyable coup de bluff. Le 18, les Allemands, appuyés par Vichy, lancent un ultimatum à Barré : celui-ci doit laisser le passage aux Allemands où les hostilités seront déclenchées. Devant le refus d’obtempérer des Français, les Allemands mettent leur menace à exécution et les parachutistes de Knoche se lancent à l’assaut avec l’appui de la Luftwaffe. Après avoir essuyé un premier échec, les Fallschirmjäger traversent le fleuve par petits groupes à la faveur de la nuit. Simulant un nouvel assaut avec l’arrivée de renforts, Knoche, le chef du FJ Bn III, parvient à provoquer le décrochement des Alliés, qui ne prennent même pas la peine de détruire le précieux ouvrage d’art qui enjambe la Medjerda. Ce succès n’a coûté que 22 pertes aux Fallschirmjäger renforcés par deux compagnies italiennes. Ils tiennent cependant fermement la rive et couvrent le pont de leurs tirs, coupant ainsi la route de Tunis aux Alliés. Le 26, à la grande fureur de Kesselring, Medjez-el-Bab est abandonné par les paras sur ordre de Nehring (qui dirige alors la tête de pont de l’Axe en Tunisie), non sans avoir au préalable détruit son pont et offert une résistance acharnée aux alliées pendant plusieurs jours.

 

Les Allemands, qui engagent quelques Tiger I nouvellement arrivés en Tunisie, tentent en vain de reprendre l’important carrefour en décembre 1942. Medjez-el-Bab et ses alentours seront le cadre de combats acharnés jusqu’à la fin de la campagne, notamment au cours de la très méconnue opération « Ochsenkopf »:

Campagne Tunisie/Tunisian Campaign (2) Ochsenkopf

 

Pour voir le film:

Films de Guerre/ War Movies (8/100): RETOUR VERS LA RIVIERE KWAI

 RETOUR VERS LA RIVIERE KWAI

Sorti en 1989, ce film réalisé par Andrew McLagen relate l’évacuation de prisonniers alliés du chantier du fameux pont sur la rivière Kwai.

L’un des acteurs les plus connus du casting est Edward Fox, abonné aux rôles d’officier de Sa Majesté, qui revêt ici l’uniforme d’un médecin-major. Tatsuya Nakadai, acteur japonais de 1er plan, est le major japonais Harada. Que dire de ce film par rapport à celui de David Lean?

Cette oeuvre ne manque certes pas d’intérêt pour celui qui s’intéresse à ce théâtre des opérations, sans pour autant qu’il laisse un souvenir impérissable. Plus réaliste, il lui manque le souffle épique de son prédécesseur des années 1950, malgré les quelques péripéties insérées dans le scénario.

Le réalisme des faits relatés:

Ci-dessus: le vrai pont de la rivière Kwai. Le film s’ouvre par une attaque aérienne sur un pont métallique, ce qui est conforme aux faits.

Un prisonnier qui a tenté de s’évader va être décapité d’un coup de sabre : une punition attendue et couramment appliquée pendant la guerre par les Japonais. Contrairement à David Lean, Andrew McLagen ne nous épargne aucune atrocité… (Angela Jolie et d’autres ont fait pire depuis…).

 

Les prisonniers britanniques avant l’embarquement sur les navires nippons. Effectivement, les Japonais procèdent à l’évacuation de la majeure partie de leurs détenus vers la métropole. Les conditions de vie terribles à bord de ces « navires de l’enfer » sont bien rendus. le navire des héros du film est envoyé par le fond par un sous-marin américain, une tragédie qui est également réaliste.

Des clins d’oeil au chef d’oeuvre de David Lean?

Comme dans « Le Pont de la Rivière Kwai », la résistance autochtone est largement évoquée.

Denholm Elliott, tout de même âgé de 67 ans lors du tournage, est le colonel Grayson, commande les guérilleros, n’est pas sans nous rappeler Jack Hawkins (y compris physiquement) dans le film de Lean. 

Le lieutenant Tanaka, portant casque colonial blanc comme le commandant Saïto

Un bémol:

Le lieutenant Tanaka (à gauche) me paraît un peu caricatural, trop systématiquement brutal. Par ailleurs, son sourire narquois (voir l’image) lorsque le major Harada se fait rabrouer par un supérieur ne me paraît pas de mise. Harada, alcoolique étrangement humain, flirte aussi d’une certaine manière vers la caricature.

Au final, un film sans prétention qui se laisse voir comme une certaine antithèse du « Pont de la Rivière Kwaï », plus réaliste mais moins grandiose.

Films de Guerre/ War Movies (7/100): DE L’OR POUR LES BRAVES

DE L’OR POUR LES BRAVES

Le grand Clint Eastwood, qui sera de nouveau un GI dans « Quand les Aigles Attaquent »

Une des originalités du film de Brian Hutton, sorti en 1970, est que le scénario se déroule à l’automne 1944, en Lorraine, terrible bataille dans laquelle est engluée la 3rd US Army du général George S. Patton. Un épisode rarement évoqué sur le Grand Ecran. On est en droit de penser que le réalisateur s’inspire de « Blood & Guts » pour camper le personnage du général Colt (référence aux revolver de Patton?), colérique et amateur de cigare et de gloire, qui découvre qu’une partie de ses hommes ont pris l’initiative de mener un raid chez l’ennemi…

Le général Colt, dont le nom est un programme à lui tout seul…

Cette poussée en profondeur derrière les lignes ennemies, qui coûte presque tout le matériel engagé, rappelle aussi le raid désastreux de Hammelburg, lancé par Patton, si ce n’est que cette opération vise à libérer des Américains d’un Oflag et non de s’emparer de l’or stocké dans une banque (16 millions de dollars…).

Un matériel d’époque conséquent

Ce film a pour lui de rassembler une quantité impressionnante de matériels datant de la guerre, à une époque où trop de films de guerre choisissent la facilité d’employer des blindés et véhicules contemporains. Remarque toute relative car les Tiger sont bien entendu factices.

De faux Tiger mais qui ont fières allures et qui restent préférables à des « Patton » maquillés en Panzer comme si souvent à Hollywood dans les années 60-70

 

Quelques tenues camouflées dans les rues d’une ville de Lorraine (Nancy?)

Si on aperçoit un certains nombre de soldats allemands en tenues camouflés dans la scène d’ouverture (d’autant plus justifié que la pluie explique le port de ponchos bariolés), les couleurs des camions et les uniformes de leurs passagers allemands lors de la scène de l’embuscade dans le champ de mines sont à revoir.

 

En revanche, des tenues et un Panzergrau largement anachroniques en 1944…

Certes, le scénario reste farfelu et impossible à imaginer.

Des GI plus proches des Hippies que de guerriers…

Une des antiennes au cinéma est de nous présenter des soldats américains particulièrement décontractés, peu respectueux de la hiérarchie et de tout protocole militaire, vénaux, débrouillards , sans scrupules à l’excès, et systématiquement amateurs de filles et d’alcool.

Outre Eastwood, on notera une galerie de personnages savoureux: Savalas (Joe), Don Ricles dit « Crapgame l’escroc » et surtout Donald Sutherland (Oddball).

« Cesse d’émettre des ondes négatives! »

La musique qu’utilise le « Cinglé » (Oddball), pour sa « guerre psychologique », est plutôt avant-gardiste pour un récit qui est censé se dérouler en 1944, faisant de son groupe tankiste des hippies avant l’heure. Du Glenn Miller aurait été plus approprié…

Musique et obus de peinture: la guerre psychologique selon Oddball…

Notons également que la bande original fait référence à un autre genre: le western, avec des accents dignes de « Sierra Torride » de Don Siegel (qui sortit en même temps…), avec déjà Clint Eastwood dans le rôle-titre. Ce n’est sûrement pas dû au hasard. Les liens avec le western sont évidents avec le thème du braquage de la banque, avec ses préparatifs, mais surtout la scène finale dans le village où le trio Eastwood-Savalas-Sutherland s’avance, tels dans un duel, revolver prêts à être dégainés, en direction du Tiger qui défend l’accès de la banque.

Une scène de duel digne d’un western

Un film de guerre? Pour certains, l’histoire d’un groupe de cambrioleurs… Clint Eastwood fût pour sa part accablé par le montage final, qui selon lui accentuait lourdement le comique du film et que « l’âme du film lui avait été enlevée. »

Le film ne manque pas d’intérêt pour autant. Les scènes d’action sont bien tournées et, au final, le scénario pas inintéressant, à condition de prendre le film pour ce qu’il est: un divertissement qui ne manque pas d’humour.

Le passage où il faut se cacher lors du passage d’une patrouille ou encore la pause effectuée en route, perturbée par une attaque aérienne,

« De l’Or pour les Braves »: un bon film d’action

 

Films de Guerre/ War Movies (6/100): LE PONT DE LA RIVIERE KWAI

LE PONT DE LA RIVIERE KWAI

 

Le fameux film de David Lean de 1957 (le scénario est basé sur un roman, du Français Pierre Boulle, également auteur de La Planète des Singes), est entrée dans la légende du 7e art, la célèbre marche sifflée par les prisonniers dans la scène introductive est célébrissime. C’est un film magnifique, dont les entorses avec la réalité que je vais évoquer n’entament en rien l’intérêt que je lui porte.

Alec Guiness remarquable dans le rôle du colonel Nicholson

« Aujourd’hui: repos! Demain: travail! »

Que peut-on dire de ce film sur le plan historique? Sur le plan uniformologique et environnemental, les choix du réalisateur et de son équipe sont louables. Le contexte de l’histoire, qui se déroule en 1943, est basé sur un fait historique: la construction d’une voie ferrée devant relier Bangkok à Rangoon, qui suppose l’édification d’un pont sur la rivière Kwaï sur le tracé; une tâche dévolue à des prisonniers de guerres étendus par les Japonais…

Le colonel Nicholson: un officier vraiment très « British »

Alec Guiness tient le rôle du colonel Nicholson, personnage qui incarne à merveille l’exemple-type de l’officier britannique à cheval sur le règlement (et la convention de Genève) et affectant de présenter une mise impeccable autant que faire se peut, le stick étant naturellement de rigueur, de même que la moustache.

Son comportement confine toutefois à l’absurde, soucieux qu’il est de montrer de quoi sont capables des Britanniques, même captifs, et donc de démontrer leur supériorité sur leurs geôliers japonais. L’homme va se faire le devoir de construire un pont pour l’ennemi, quand bien même cela signifie favoriser l’effort de guerre adverse. Pis, il entend faire participer les hommes blessés et malades à la tâche, mais pas les officiers… surtout si l’ordre provient de Saïto, le commandant du camp.

Les deux protagonistes: Nicholson et Saïto

L’excès de zèle d’un officier britannique

Qui a t-il de réaliste dans ce film? Dans les camps de détention, lorsqu’ils ne sont pas séparés de leurs hommes, les officiers sont responsables de leurs subordonnés et se doivent de faire assurer la discipline. Le dénuement dans lequel se trouvent les prisonniers de guerre britanniques est également réaliste: vêtements et coiffures en lambeaux, absence de brodequins ou chaussures usagées… La présence de la jungle et sa capacité à décourager toute évasion sont également réalistes. Quant aux autochtones qui aident le pilote américain puis le commando, ils sont un clin d’oeil aux Cachins (en Birmanie) et autres populations restées hostiles aux Japonais.

Les commandos en tenue de jungle comme il sied à partir de 1943: Bush Hat et uniformes verts

   

Uniformes en Khaki Drill beige (conçus pour le Moyen-Orient) en lambeaux pour les hommes capturés au cours de la campagne de Singapour en 1942: un autre détail réaliste

Les erreurs sont légions. Quid des souffrances réelles des soldats britanniques? Les camps sur la voie ferrée de Thaïlande et le pont de la rivière Kwaï furent des camps de l’enfer, aux conditions de vie abominables et aux sévices atroces. Rien de tout cri ne transpire dans l’oeuvre de Lean…

On s’en fera une idée en lisant Surviving the Sword: Prisoners of the Japanese. 1942-45 de Brian MacArthur ou encore  L’armée de l’empereur – Violences et crimes du Japon en guerre 1937-1945, de Jean-Louis Margolin. De ce point de vue, un film comme « Les Voies du Destin » avec Colin Firth, est beaucoup plus réaliste. Sur 260 000 forçats (dont 60 000 soldats alliés), plus de 90 000 travailleurs forcés, dont 12 500 soldats occidentaux  (britanniques, australiens, néerlandais et américains) ont perdu la vie sur les 415 kilomètres de ce «chemin de fer de la mort» longeant la rivière Kwaï.

Le pont du film: tel qu’il ne le fut jamais…

Le pont (le vrai) n’est par ailleurs pas en bois, mais en métal, endommagé en 1945 (un pont en bois provisoire existait à proximité). Il n’a pas fait l’objet d’une opération commando comme dans le film de Lean mais d’une attaque aérienne.

 

Enfin, Saïto est écrasé par la personnalité de Nicholson et il finit par perdre la face, ce que n’aurait jamais admis un officier nippon, très pointilleux sur le sens de l’honneur. De toutes façons, une telle conduite de la part d’un officier allié est impensable, tout autant que la familiarité des deux prisonniers américains avec leur gardien japonais dans la première scène où apparaît William Holden. Comme d’accoutumée, l’Américain est présenté comme différent des Britanniques, porté sur les filles, décontracté, non spécialiste de la mission-commando auquel il doit prendre part et pas forcément accoutré comme il le faudrait: une situation que l’on retrouve dans « Trop Tard pour les Héros » avec Michael Caine, qui s déroule également pendant la guerre du pacifique (nous étudierons ce film).

Le pont va bientôt exploser: il a coûté la bagatelle de 500 000 dollars, ce qui signifie qu’il ne fallait absolument pas rater les prises de vue, faute de pouvoir recommencer…

 

 

Films de Guerre/ War Movies (5/100): CROIX DE FER

CROIX DE FER

Ce film réalisé par Sam Peckinpah en 1977 est un des meilleurs films consacrés à la Seconde Guerre mondiale. La trame de fond de l’histoire, qui narre les tribulations de soldats allemands en Russie, après la défaite de Stalingrad, est celle de l’antagonisme entre un sous-officier, vétéran médaillé de la Croix de Fer, le sergent Steiner (James Coburn), et un officier prussien, le capitaine Stransky (Maximilian Schell), qui a demandé sa mutation de Biarritz vers le front de l’Est, dans l’espoir d’obtenir la très convoitée Croix de Fer… Stansky est prêt à tout pour obtenir cette médaille.

Stransky et Steiner: deux rivaux sous le même uniforme

Loin d’être manichéen, l’oeuvre nous offre toute une palette de personnages plus complexes qu’il n’y paraît : sous-officier baroudeur, officier d’état-major (Colonel Brandt, admirablement joué par James Mason, capitaine Kiesel, lieutenant Triebig) ou de premières lignes (lieutenant Meyer), soldats aguerris (« Schnurrbart », Maag, Anselm, Kern…), jeune conscrit (Dietz) ou nazi (Zoll).

Colonel Brandt et le capitaine Kiesel : on est loin de l’élégance et de l’aspect martial rattachés aux officiers de la Wehrmacht…

Le choix d’une histoire centrée sur des soldats de la Wehrmacht empêche un patriotisme trop marqué qui apparaît dans nombre d’oeuvres hollywoodiennes. Il empêche également une trop grande identification avec les héros, d’autant que la plupart des spectateurs ignorent où se situe la péninsule de Taman, ce qui est un choix judicieux de Peckinpah, alors que l’image d’Epinal d’une Russie enneigée ou de Stalingrad aurait été moins déroutante: comme un simple biffin, on ne sait pas où on est, si ce n’est à la guerre, peut importe laquelle…

« Je ne pense pas que vous méritiez la Croix de Fer »

Un certain antimilitarisme pointe également, le réalisateur semblant montrer des soldats allemands perdu en 1943 dans le Kouban (dans le Caucase), désabusés par la guerre, victimes eux-aussi du régime hitlérien, qui les a embrigadé depuis leur plus jeune âge. Le générique est à  cet égard très évocateur avec une mise en parallèle de la Hitlerjugend et du front russe, ainsi que des plans montrant Hitler alternant avec ses soldats au front, voire leurs cadavres…

Des scènes de combat remarquables

L’horreur de la guerre est dépeinte à de nombreuses reprises, car les détails sanglants ne manquent pas (loin toutefois de l’outrance qui est désormais habituelle). Le passage le plus ouvertement antimilitariste est incontestablement celui de l’hôpital militaire, le réalisateur n’étant pas sans cynisme à l’égard des généraux en montrant la misère et les mutilations des blessés.

Certes, Stansky ordonne que soit abattu le jeune garçon russe capturé, mais on ne voit pas de crimes de guerre, si innombrables à l’Est… Peckinpah cache également l’aspect racial de la guerre à l’Est et aucun des héros du film ne prononce la moindre parole désobligeante à l’endroit des supposés « sous-hommes ». Si les soldats de Steiner succombent aux charmes des femmes-soldats soviétiques, tout se passe d’abord avec une forme tacite de consentement, sans aucune scène de viol… avant que deux hommes ne soient assassinés, et ce sans que les jeunes femmes ne soient massacrées en représailles! La relation avec les Russes semble en effet complexe (comme l’illustre le cas de l’enfant-soldat capturé).

Mot de passe: démarcation

Tous ces soldats semblent antinazis, à tout le moins ne pas hésiter à critiquer le régime devant témoins: Brandt se moque de « la grande aventure » de « Barbarossa » et de la « Blitzkrieg« , Steiner et Stanski sont d’accord pour affirmer leur hostilité au parti nazi (« parti de merde » ose même dire le capitaine!), la défiance de Steiner envers Zoll que l’on présente comme appartenant à la Gestapo est trop explicite pour être réaliste… Que dire aussi de la remarque -cinglante- de Steiner à propos de son uniforme qu’il « dégueule » (sic!) ainsi « que tout ce qu’il peut représenter ». Rien de tel pour passer en cour martiale, ou plutôt au peloton d’exécution…

 

Un matériel d’époque et réaliste, des uniformes maculés de boue…

Le réalisme est en revanche incontestable dans la reproduction des cantonnements (de nombreuses cènes nous dépeignent la vie quotidienne des soldats) et surtout dans les scènes de combat, avec les fameux ralentis « à la Peckinpah »: celle qui aboutit à l’affrontement dans l’usine est superbe.

Le réalisme est également indéniable dans les uniformes que l’on n’hésite pas à maculer de boue ou à déchirer (différentes décorations, casquettes modèle 43, couvre-casques camouflés…) et dans le matériel: canon antichar Pak 40, pièce de DCA Flakvierling 38, T-34/85… Point donc de blindés modernes maquillés en engins de la Seconde Guerre mondiale ou encore de ces inévitables halftracks américains transformés en engins allemands (mais des M8 américains ont hélas été transformés en blindés allemands)… On ne peut donc que regretter de petites erreurs de détail facile à éviter (pourquoi donc l’accessoiristes a-t-il fourni des boucles de ceinturon en cuivre ou laiton qui brillent comme les ors de la Kriegsmarine!).

Le vrai foyer est au front, avec les camarades.

Peckinpah nous entraîne dans le quotidien d’un groupe de soldats allemands et essaye de nous montrer comment de simples hommes vivent la guerre. Comme dans de nombreux témoignages, les combattants finissent par considérer que leur vraie famille ce sont les camarades du front : ainsi de Steiner qui préfère quitter l’infirmière qui s’est amourachée de lui pour rejoindre ses hommes; ainsi de ce même Steiner qui revoit en flash-back ses compagnons tombés au feu… Peckinpah n une question qui se pose avec acuité dans un monde d’hommes: celle de l’homosexualité, passible de mort dans l’Allemagne nazie.

Steiner: un héros recouvert de décorations?

Le film, plus ou moins antimilitariste, pose la question du sens du devoir, de l’importance à accorder aux décorations et aux grades… voire de l’absurdité de cette recherche de gloire ainsi que de la guerre en général. Qui est un héros? Qui mérite la reconnaissance de ses supérieurs? Peckinpah transpose aussi dans son oeuvre l’éternelle lutte des classes entre les hommes du rang et une certaine caste d’officiers qui n’éprouverait toujours que du dédain à leur égard, ce qui n’est pas sans rappeler les liens de classe que se reconnaissent les personnages campés par Pierre Fresnay et Erich von Stroheim, face à un Jean Gabin issu d’un autre monde, dans La Grande Illusion.

Au final, les nombreuses péripéties (dont celles, typiques, du groupe d’hommes isolés derrière les lignes ennemies) d’un scénario bien ficelé font de Croix de Fer un film d’action très réussi.

Croix de Fer: avant tout un film qui dépeint avec réalisme la vie des soldats allemands au front

 

 

Films de Guerre/ War Movies (4/100): UN TAXI POUR TOBROUK

UN TAXI POUR TOBROUK

 

 

Un Taxi pour Tobrouk de Denys de la Patellière (1961) c’est un film de guerre, un drame, mais également un film comique servi par l’humour fin de Michel Audiard au service d’acteurs parfaitement adaptés à ses dialogues savoureux.En dépit de l’immensité désertique, le film s’apparente à un huis-clôt remarquable. Après un raid sur Tobrouk, quatre soldats des FFL perdent leur véhicule mais parviennent à en reprendre un à l’ennemi. Suivent une série d’aventures dans le désert. Peu à peu, face aux épreuves et en dépit de la guerre, une amitié réciproque se forge entre les gardiens et leur captif…

Confrontés aux mêmes épreuves du désert et à celles de la guerre, les quatre commandos finissent par se trouver des affinités avec leur captif, sentiment réciproque de la part d’un Allemand qui a séjourné à Paris, comme … tous ses compagnons français (on remarque toujours à quel point les Parisiens restent surreprésentés sur le grand écran…)

« Passe-lui la tienne »: une des meilleures réplique de C. Aznavour à un L. Ventura hors de lui en constatant que tous ses compagnons ont laissé leurs armes dans le camion…

L’histoire est celle d’un groupe de commandos des Forces Françaises Libres (Lino Ventura, Charles Aznavour, Maurice Biraud et German Cobos) et de leurs péripéties pour regagner leurs lignes après un raid sur la base de Tobrouk. En chemin, ils font un prisonnier, campé par Hardy Krüger.

Des hommes assoiffés suivant des traces dans le désert: une expérience relatée dans nombre de récit consacrés aux raiders du désert du LRDG et du SAS.

« Tu es prisonnier? Non, ben alors creuse! ». On appréciera les quelques clins d’œil historiques d’Audiard : le faible nombre de prisonniers allemands aux mains des Français, Narvik, Pétain, etc.

Dans quelques instants: un assassinat gratuit… la guerre du désert telle que dépeinte dans la dernière partie de mon ouvrage consacré à l’Afrikakorps: une lutte quelquefois éloignée du mythe de la « guerre sans haine ».

Hardy Krüger: l’image d’Epinal du soldat de l »Afrikakorps

Les films de guerre français sont très rares, davantage encore lorsqu’il s’agit de la guerre du désert (il n’y a rien sur Bir Hacheim, par exemple). Si des commandos français ont bien opérés dans le désert, ce fut dans le cadre du SAS de david Stirling, et non du LRDG (comme le laisse supposer le camion des protagonistes du film).

Un cliché d’époque montrant plusieurs SAS de la France Libre

Le film fait allusion à l’opération Agreement, une série de raids menés de façon concomitante à la mi-septembre 1942 par le SAS, le LRDG et d’autres unités opérant sur les arrières des forces de l’Axe.

« L’oasis de Siwa, c’est pas les grands boulevards, déclare Théo Dumas/Lino Ventura, faut tomber dessus! ».  De fait, le célèbre oasis est représenté dans le film, les prises de vue avec les prisonniers de toutes origines assis auprès de la route ressemblant à s’y méprendre aux clichés pris après la chute de Tobrouk le 21 juin 1942.

Les scènes tournées à Siwa ne sont pourtant pas réalistes. L’ancienne base du LRDG occupée par les Germano-Italiens en juin 1942 n’est aucunement un dépôt où le carburant serait en abondance, surtout pas un lieu de transit des convois du DAK, qui n’auraient rien à faire à suivre cette piste qui mène à cet oasis des confins du désert. Pis, on ne peut vraisemblablement imaginer que Siwa serve de point de rassemblement des prisonniers. La chronologie des événements pose également problème : lorsque les quatre Français mettent la main sur l’engin de l’Hauptmann von Stegel, ils apprennent par « Radio Le Caire » que Rommel est vaincu à El Alamein, et que ses troupes sont en pleine retraite. La bataille débute le 23 octobre et la retraite n’est effective qu’à partir du 4 novembre. Or le raid sur Tobrouk a été mené à la mi-septembre : l’odyssée des protagonistes du film ne peut raisonnablement pas s’éterniser six semaines…

   

A droite: Un Taxi pour Tobrouk (avec l’étrange engin maquillé en blindé); à gauche et ci-dessous: images de la Propagande allemande montrant les captifs alliés après la prise de Tobrouk. On notera l’effort de Denys de la Patellière pour montrer l’aspect multi-ethnique de la 8th Army britannique.

 

Faute de pouvoir réaliser le tournage en Afrique, Denys de la Patellière a judicieusement opté pour le désert d’Almeria, en Espagne. Une épreuve pour les acteurs, notamment Lino Ventura qui  a tôt fait de faire venir son épouse pour concocter de bons petits plats… Quelques autres détails ne sont pas historique : la gourde de type américain et les mitraillettes Sten n’ont rien à faire dans le désert à cette époque de la guerre… Si le camion des héros est bien ressemblant à un LRDG au début du film (alors même que le réalisateur a été contraint d’improviser car son matériel est resté bloqué à la frontière espagnole), le deuxième engin, pris aux Allemands, est plus dur à identifier, de même que les véhicules de la colonne allemande, mais l’illusion est réussie, mis à part le blindé bizarrement bricolé dont Denys de la Patellière aurait pu faire l’économie. On notera aussi l’absence d’Italiens dans le film, même par allusion, alors même qu’ils représentent les gros bataillons de l’Axe en Afrique.

 

  

Ci-dessus : le Chevrolet du film. Ci-dessous, une photographie d’époque (1er modèle de Chevrolet utilisé par le LRDG, avant le renouvellement de 1942).

Ci-dessous: la nouvelle monture des héros du film… sur le sable mou!

 

Le roman-photo du film (dont je possède un exemplaire):

Un Taxi pour Tobrouk c’est enfin une musique inoubliable:

 

Au final, un film comique et d’aventure dans le désert, mais un film dur, où le meurtre peut être gratuit : on tue des hommes sans défense pour s’emparer d’un véhicule et on est prêt à assassiner un prisonnier… La fin, tragique, dénonce l’absurdité et la cruauté de la guerre, elle nous met également en garde à ne pas juger trop sommairement celui dont on ignore tout, tel ce quidam interpellant Théo Dumas/Lino Ventura sur les Champs-Elysées…

Films de Guerre/ War Movies (3/100): LES DIABLES DU DESERT

LES DIABLES DU DESERT

Les Diables du Désert (Sea of Sand) est un film britannique de Guy Green datant de 1958. Cette œuvre est consacrée à l’épopée du Long Range Desert Group (LRDG), l’une des plus célèbres unités britanniques opérant sur les arrières de l’Axe au cours de la guerre du désert. Avant tout unité vouée au renseignement, le LRDG a lancé des raids à l’occasion, parfois avec de lourdes pertes (cf mon article dans Batailles & Blindés N°62 dans lequel je fourni une typologie des nombreux types d’opérations menées par les raiders).

Le « Road Watch », l’observation du trafic routier ennemi sur la Via Balbia (seul route macadamisée en Libye, le long de la côte), constitue la mission essentielle du LRDG: elle est évoquée dans le film.

Guy Green s’est assuré les conseils de Bill Kennedy Shaw (dont il faut lire Patrouilles du Désert, un des rares livres traduits en français permettant de découvrir l’épopée du LRDG), un des cadres du LRDG d’origine, ami de Ralph Bagnold, le créateur de l’unité avec lequel il a parcouru le Désert Occidental au cours des années 1930.

Le Captain Tim Cotton, le baroudeur, dont l’échec d’une liaison amoureuse n’apporte rien au scénario…

Le Captain Williams: en apparence l’officier rigide qui ne suit que le règlement.

Les Diables du Désert raconte une mission périlleuse menée contre un dépôt de carburant ennemi en 1942, peu avant la bataille d’El Alamein (ce qui est une référence à l’opération Agreement, lancée en septembre 1942; cf aussi mon article sur Un Taxi pour Tobrouk), mission au cours de laquelle la tension ne cesse de monter entre les deux officiers du convoi: son chef, le non-conformiste Captain Tim Cotton, et un spécialiste des mines, le Captain Williams; beaucoup plus à cheval sur le règlement.

 

Ci-dessus: les remarquables Chevrolet du film, dotés de tous les impedimenta d’une mission dans les profondeurs du désert.

Ci-dessous: les véritables Chevrolet 30 cwt en 1942

Le film a été tourné en Libye, avec le bénéfice d’un matériel roulant remarquable : le spectateur a l’illusion d’assister aux évolutions d’un groupe de Chevrolet du LRDG (pas moins de 5 Chevrolet 30 cwt partent en mission!) … Les blindés allemands sont moins convaincants, dont les éternels halftracks américains M3 maquillés en Sdfkz 251… Si l’allure générale des tenues, les détails des coiffures (notamment la variété de celles-ci) et l’équipement des Britanniques est de qualité (même si les mitraillettes Sten ne sont pas en service à cette date : les raiders devraient être armés de Thompson), les Allemands sont de nouveau négligés, y compris, bizarrement, leurs casques, alors que mettre la main sur une poignée de Stahlhelm modèle 35 ou 40 ne représente aucune difficulté majeure.

Une mission avec beaucoup de pertes…

Un des mérites du film est de multiplier le péripéties, le groupe se heurtant aux difficultés le plus diverses, typiques des aléas des missions menées par le LRDG: attaque d’avion puis d’une automitrailleuse, la fuite à pied après abandon des véhicules, qui est un classique des récits de ces raids héroïques. Comme à l’accoutumée, les Allemands, bien naïfs, se laissent berner par le moindre Britannique portant leur uniforme et parlant leur langue sans le moindre accent…

Le réalisateur n’a pas oublié de montrer de façon réaliste les bivouacs et les diverses tâches auxquelles hommes de troupe et cadres sont assujettis. On assiste au quotidien des soldats: un aspect toujours bienvenu dans les films de guerre. La discipline informelle qui prévaut au sein du LRGD est bien mise en évidence. L’ambiance de la base située dans l’oasis est également très bien rendue: on peut se croire en 1941-2 à Jalo ou à Siwa, ou encore à Koufra.

On pourra toutefois regretter le caractère stéréotypé de certains personnages: que ce soit le blessé qui est abandonné par ses camarades, joué par Percy Herbert (habitué à des rôles de soldats, que ce soit dans Le Pont de la Rivière Kwaï ou Les Canons de Navarone), ou, plus encore, le Captain Willimas qui se sacrifie pour les autres, oubliant qu’il est marié et père de famille. Le personnage joué par Richard Attenborough (le futur réalisateur d’Un Pont Trop Loin), qui ressemble à s’y méprendre à un célèbre raider, tient en quelque sorte le rôle du soldat un peu plus farfelu que la moyenne: on peine à imaginer qu’un véritable membre du LRDG ait tronqué l’eau de sa gourde pour de l’alcool, car il s’agit ici d’une question de survie, un aspect essentiel sur lequel on ne transigerait pas et qui équivaudrait à être rayé des cadres de l’unité.

   

A gauche, l’acteur Richard Attenborough. A droite, le Trooper « Bluey » Grimsey, véritable membre du LRDG.

Au final, un beau film d’aventures sans prétention qu’il faut prendre pour tel, et que ne saurait négliger un passionné de la guerre du désert, davantage encore un féru des missions et raids du SAS et du LRDG, même si d’autres films, que nous examinerons, traitent du sujet: Un Taxi pour Tobrouk, Enfants de Salauds, Tobrouk. Commando pour l’Enfer, etc.

Un affiche de film qui s’apparente aux couvertures de bandes-dessinées du type « Attack » des années 1960-1980

 

 

 

 

 

 

Films de Guerre/ War Movies (2/100): LA COLLINE DES HOMMES PERDUS

THE HILL / LA COLLINE DES HOMMES PERDUS

Je présente aujourd’hui  un film réalisé par Sydney Lumet que j’estime particulièrement réussi.

Le récit se déroule dans un fort perdu dans l’immensité désertique -en fait un camp disciplinaire, mais que l’on devine en Egypte, proche du Caire. Aucune précision de lieu n’est donnée mais l’existence d’un tel camp peut paraître plausible. Les Anglais ont mis un point d’honneur à tourner plusieurs films dont le cadre est celui d’une des campagnes majeures de leurs armées : la guerre du désert. La lutte menée face à l ‘Afrika-Korps n’est qu’à l’arrière-plan d’une œuvre qui s’apparente au « film de prison », dans lequel les héros sont des détenus, ici des soldats britanniques qui ont été traduits en cours martiale. Il ne s’agit donc nullement d’une intrigue tournant autour du sort de soldats prisonniers aux mains de l’ennemi : ici, geôliers et détenus appartiennent à la même armée. Le titre The Hill/ La Colline des Hommes Perdus fait référence à l’instrument dont usent les gardiens pour éprouver les condamnés : une colline de sable qu’il faut gravir sans cesse sous un soleil accablant…

 

Le rôle titre est accordé à Sean Connery, aux côtés duquel se retrouvent quelques acteurs britanniques habitués aux rôles de durs et autres sergents-majors de l’armée de Sa Majesté, tels que Harry Andrews ou Jack Watson. Au cours de la détention, sévère, un des prisonniers décède : que va-t-il se passer ?

Le spectateur s’identifie facilement aux membres de la cellule : Joe Roberts (Connery), George Stevens, Jacko King, Monty Bartlett (le plus antipathique et le plus lâche de la cellule), Jock McGrath.

Jacko King, victime d’un racisme latent au sein de l’armée britannique (racisme qui frappe également les Egyptiens, que les protagonistes appellent les « Wogs » , terme fréquemment usité à l’époque)

Le film pose des questions profondes sur le système militaire, la cour martiale, le racisme, la manière d’étiuffer une affaire compromettante, mais également l’importance du règlement (King’s Regulations). De fait, qu’est-ce qui fait un bon soldat ? Quelle importance accorder à la discipline et quelle discipline ? Qui peut se permettre de juger de l’action d’un homme dans le feu de l’action et du combat ? « Qui êtes-vous ? Un héros de l’arrière ? » demande Roberts/Connery au gardien le plus irascible du camp.

Le réalisateur nous oblige à nous poser cette question essentielle : comment convient-il de traiter les soldats qui ont failli au règlement et aux ordres ? Et pourtant : « Tout le monde se fout de nous » déclare à Roberts, précisant qu’ils sont les « ratés » du système.

Wilson entouré de Williams (à sa gauche) et de Harris

Entre l’humanité du sergent Harris et la brutalité du sadique sergent Williams (qui illustre parfaitement l’adage de Napoléon selon lequel donner du pouvoir à un moins-que-rien a tôt fait de le transformer en tyran), l’Adjudant-Chef Bert Wilson semble persuadé d’agir au mieux : il permet à ses détenus de redevenir des soldats-modèles. De fait, ce film nous offre toute une galerie de personnages intéressants, complexes, au comportement parfois ambigu, à l’instar du médecin-major, les plus intéressants étant les co-détenus de Roberts, qui partagent leurs préoccupations dans le huis-clos de leur cellule.

 

La scène la plus forte du film est sans aucun doute celle de la révolte des prisonniers, que je laisse mes lecteurs découvrir. Je ne dévoilerai pas davantage le dénouement final du film…

Un Sean Connery inhabituel dans un rôle magnifique

Films de Guerre/ War Movies (1/100): LE JOUR LE PLUS LONG

LE JOUR LE PLUS LONG (1962)

Je ne pouvais débuter ma série sur les films de guerre autrement que par un monument du 7e Art: Le Jour le Plus Long, superproduction de Darryl F. Zanuck (avec un budget colossal de 8 millions de dollars), avec le concours de plusieurs cinéastes passés derrière la caméra: Ken Annakin, Andrew Marton, Bernhard Wicki, Gerd Oswald.

Le propos du film est de narrer la préparation et le déroulement d’un événement majeur de la Seconde Guerre mondiale: le débarquement en Normandie du 6 juin 1944. Passée à la postérité, cette journée, célèbre entre toutes, est devenue une des grandes dates de l’Histoire, ce que ne pouvait ignorer le monde du cinéma.

 

Ci-dessous, une des répliques célèbres du film, mettant en scène le personnage à l’origine du titre du film: le Generalfeldmarschall Rommel, qui aurait déclaré que le jour du Débarquement serait « Le Jour le Plus Long »

 Une superproduction

Immense succès international (qui a sauvé la Fox menacée de faillite par le superbe Cléopâtre de Mankiewicz), Le Jour Le Plus Long c’est une musique signée Maurice Jarre, passée à la postérité, mais aussi une pléthore de célébrités, mises au service du souvenir de cette journée historique.

  

(source photos : https://www.quizz.biz/quizz-900969.html et http://www.cinetom.fr/archives/2009/05/09/13667734.html

Zanuck offre un cachet de 25 000 $ pour chaque acteur, la superstar John Wayne se distinguant en négociant un contrat de 250 000 $, accepté par le producteur qui veut absolument s’assurer de la présence de la vedette dans son film. Quant aux milliers de figurants, ce sont des milliers de soldats « prêtés » à Zanuck pour l’occasion… Certains seconds rôles, comme Edward Meeks, endossent les uniformes des deux camps, selon les scènes…

On ne compte plus les célébrités qui participent au tournage: Bourvil, Robert Mitchum, Henry Fonda, Richard Burton (qui tourne également dans Cléopâtre )… Certaines acteurs de premier plan n’apparaissant que très brièvement, au mieux pour quelques répliques, à l’instar de Sean Connery, Mel Ferrer, et, davantage encore, Rod Steiger. Citons la présence de stars venues d’Outre-Rhin dans les principaux rôles d’Allemands: Curd Jürgens, Gert Fröbe (quelques années plus tard dans Paris brûle t-il?), Hans Christian Blech (que l’on retrouve dans La bataille des Ardennes) et l’incontournable Wolfgang Preiss, lorsqu’un réalisateur recherche un officier supérieur de la Wehrmacht (Preiss est le général Pemsel dans Le Jour le Plus Long ; il tiendra également le rôle des maréchaux Rommel,  Kesselring et Rundstedt dans d’autres films). Certains choix d’acteurs s’avèrent pourtant malheureux: citons le casa d’Eddie Albert, au jeu très mauvais dans le rôle d’un colonel Thompson qui perd la vie sur Omaha Beach…

 

Les lieux du tournage

L’une des grandes réussites de Zanuck est d’avoir réussi à tourner plusieurs scènes en Normandie, sur les lieux des événements. Il n’est pas erroné d’affirmer que certains sites ou événements du Débarquement sont passés à la postérité et restent gravés dans la mémoire collective grâce au Jour le Plus Long. Cinq zones de tournage sont retenues, parfois pour plusieurs scènes:  la Pointe du Hoc ; Bénouville, au pont de Pegasus Bridge ; Saint-Mère-Eglise ; la batterie de Longues-sur-Mer (entre Arromanches et Port-en-Bessin), pour des scènes se déroulant… à Omaha Beach et à Caen ; à proximité de Caen, près d’un pont d’une ligne secondaire de chemin de fer ; à Port-en-Bessin, où est reconstitué l’attaque du casino de Ouistreham.

Les scènes filmées à Bénouville ont été tournées sur le véritable pont de Pegasus Bridge, qui ne fût démonté et déplacé qu’en 1993, avant de rejoindre le site du nouveau musée des forces aéroportées britanniques. La prise -intacte- de l’ouvrage d’art constitue un fait d’armes remarquable du Jour J, auquel a participé l’acteur Richard Todd (au centre de la photographie ci-dessous, Todd appartenait à la 6th Airborne et à rejoint les aéroportés tenant Bénouville au cours de la nuit), qui joue le rôle du Major Howard, l’auteur du coup de main. Si la véritable bataille a été plus rondement menée que dans le film (les combats n’eurent essentiellement lieu qu’aux abords du pont, les Britanniques ne déplorant qu’un seul tué), la reconstitution, faisant appel à des répliques de Horsa (mais avec hélas trois fois la même prise de vue proposée aux spectateurs pour simuler les atterrissages des trois planeurs…), est convaincante.

Les acteurs jouant Lord Lovat et John Howard sur le pont de Pegasus Bridge: un lieu, une scène et des hommes immortalisés sur la pellicule d’un film devenu culte (source photo: https://www.ouest-france.fr/europe/france/d-day-1961-tournage-de-longest-day-le-jour-le-plus-long-)

La reconstitution de l’assaut de la Pointe-du-Hoc constitue un autre moment phare du film: l’exploit est bien rendu et, à l’instar de Pegasus Brigde, le site, par ailleurs d’une grande beauté, est sans aucun doute passé à la postérité au-delà d’un cercle restreint de vétérans et de passionnés d’histoire militaire.

L’assaut des Rangers à la Pointe-du-Hoc reconstitué par Hollywood (source photo : http://www.dday-overlord.com/forum/viewtopic.php?t=8918)

 

John Steele suspendu au clocher de sainte-Mère-Eglise: une des scènes les plus célèbres du film qui a indubitablement fait la célébrité de la petite ville normande, désormais haut lieu du tourisme de mémoire de la région. (source photo: https://www.ouest-france.fr/europe/france/d-day-les-paras-de-la-82e-et-de-la-101e-sainte-mere-eglise-2292126)

 

Mis à part l’assaut de la Pointe-du-Hoc, les scènes de débarquement ont été tournées sur l’Ile de Ré et en Corse (plage de Saleccia), Zanuck mettant à profit la présence de la VIth US Fleet (ainsi que le bâtiment français « Argens ») qui effectue des exercices. Le château où sont filmés les scènes avec Rommel n’est pas celui de la Roche-Guyon, où était établi le quartier-général du « Renard du Désert ».

Rommel (joué par Werner Hinz) n’est pas filmé à la Roche-Guyon… (source photo : http://www.cinetom.fr/archives/2009/05/09/13667734.html)

Enfin, des scènes sont tournées aux studios de Boulogne-Billancourt.

 

Des erreurs…

Des erreurs factuelles se sont glissées dans le film : Werner Pluskat qui observe, aux premières loges, l’incroyable armada devant Omaha Beach (l’homme était alors en galante compagnie à Bayeux ) ; John Steele suspendu au cocher de Sainte-Mère-Eglise au-dessus de la place (il était accroché en fait sur une autre face de l’édifice, un deuxième para étant également suspendu à l’église) ; le carnage sur cette même place de Sainte-Mère-Eglise est exagéré ; Bill Millin traversant Pegasus Bridge avec sa cornemuse, dans un incroyable acte de bravoure, (le Bagpiper de Lord Lovat a en fait joué un air écossais avant l’ouvrage d’art et entre les ponts de Bénouville et de Ranville) ; aucune charge de destruction n’avait été mise en place par les Allemands sur le pont de Bénouville, etc.

Si John Wayne rappelle à ses hommes de marcher « Nord-Quart Nord-Est », ses parachutistes en marche vers Sainte-Mère-Eglise sont vêtus d’uniformes dont les détails peuvent heurter les spécialistes soucieux d’authenticité.

D’autres détails ne sont pas historiques : le casino de Ouistreham avait été rasé et le bunker occupait les anciens soubassements, mais le réalisateur a préféré un décor plus grandiose… L’uniformologie est également à cent lieues d’un Band of Brothers, que ce soient les Américains ou les Allemands. Le matériel peut être à l’avenant : trop de mitraillettes allemandes MP 40 (aux chargeurs qui ne se vident jamais…), des Sherman mais pas du modèle en dotation le 6 juin 1944, les faux- mannequins destinés à induire les Allemands en erreur n’étaient pas des poupées si réalistes (plusieurs musées normands permettent aux visiteurs de se faire une idée des leurres utilisés par les Alliés). On pourra également questionner le manque de réalisme de certaines scènes, à commencer par la première du film, qui nous montre un résistant qui a réussi à courir dans un champ sur une distance raisonnable avant d’être rattrapé par un voiture allemande, l’un des SS choisissant étrangement d’abattre un individu qu’il lui était facile de capturer vivant…

La batterie de Longues-sur-Mer: une des rares batteries majeures à avoir affronté l’armada alliée la 6 juin 1944.

La batterie de Longues apparaît dans le film pour illustrer… Omaha Beach et… Caen. On peut regretter Zanuck n’ait pas décidé de tourner des scènes illustrant l’intervention réelle de cette batterie le Jour J. Les oublis sont nombreux (certes, producteur et réalisateurs doivent faire des choix), mais on peut être surpris de l’absence de Churchill et de De Gaulle, du peu de cas fait de Juno Beach, le secteur canadien du Débarquement (la contribution canadienne a la bataille a pourtant été cruciale). Même de façon allusive, on aurait aimé une évocation de la batterie de Merville, de l’incapacité des Britanniques à s’emparer de Caen, etc.

La plupart des Allemands (mis à part Marcks dans le film et, dans une moindre mesure, Pemsel) donnent l’illusion que tous s’attendent à un débarquement au nord de la Somme sans en expliquer les raisons (surestimation des effectifs alliés, ignorance de l’existence des ports artificiels, erreurs de renseignements, armes V déployées au nord, opération Fortitude, etc). Rien non plus sur la fameuse Panzerkontroverse qui a tant divisé les officiers supérieurs allemands. Tout l’opprobre des erreurs stratégiques semble retomber sur le seul Hitler… La faiblesse de la Luftwaffe, certes réelle et décisive, est surestimée dans l’ouvre: Josef Priller et son co-équipier n’ont pas été les seuls pilotes à avoir affronté l’Invasion le 6 juin. Quant à Blummentritt, qui estime que le Débarquement représente une occasion à célébrer avec une bonne bouteille (que l’on devine gardée pour célébrer la victoire du Reich)…

Les criquets du Débarquements sont passés à la postérité grâce au film.

 

…qui ne nuisent pas à la réussite d’un grand film de guerre

Toutes ces erreurs et approximations ne suffisent pas à contrebalancer les nombreuses réussites du film, indubitablement une très grande œuvre du 7e art. Si on le compare à Saving Private Ryan, dont l’aspect didactique est proche du néant pour les jeunes générations (si ce n’est montrer l’horreur de la guerre et les sacrifices consentis pour recouvrir liberté et démocratie : j’y reviendrait quand je traiterai du film de Spielberg), Le Jour le Plus Long a l’immense mérite d’exposer les deux camps aux spectateurs, qui plus est, la Résistance n’est pas oubliée, de même que les Britanniques (et même le commando Kieffer). Zanuck nous offre un panorama presque complet du Débarquement : préparatifs dans les deux camps avant la confrontation , va-et-vient permanent entre le haut-commandement et la troupe, événements majeurs de cette journée fatidique sur plus de 100 kilomètres de côtes, de Sainte-Mère-Eglise à Pegasus Bridge. La confusion régnant dans le camp allemand est assez bien rendue (même si on pourra toujours –évidemment- discuter, de façon stérile à mes yeux, la pertinence de certaines scènes). Si le film n’a rien de’anti-militariste, le coût de la Libération n’est pas occulté. Zanuck n’a pas hésité non plus à faire figurer une scène de crimes de guerre dont se rend coupable un Ranger à la Pointe-du-Hoc. Outre les scènes majeures du film et le scénario,  la variété des personnages et des situations assurent la réussite de cette oeuvre, sans que le spectateur ne soit perdu dans la confusion d’une journée qui le fût assurément pour beaucoup…

 

 

Si les tranchées dans lesquelles s’accumulent des Landser prêts à repousser l’Invasion font très peu « Mur de l’Atlantique », les obstacles de plages sont bien rendus, et les ils sont orientés dans le bon sens (contrairement au film de Spielberg !). Les conditions météorologiques sont trop ensoleillées pour simuler le 6 juin 1944 normand, et la mer est bien vide…

 

 

Le Jour le Plus Long est indubitablement un grand film de guerre, mais aussi un monument du cinéma. Son importance va au-delà d’une simple œuvre de fiction majeure : ce film a participé au souvenir du Débarquement, il a fait œuvre de Mémoire, rendu célèbre des faits et personnages qui resteraient largement inconnus du grand public… Le sacrifice et l’héroïsme des soldats alliés et la gloire des combattants sont ainsi mis en avant. On peine à imaginer une œuvre aussi complète qui atteigne cet ampleur, avec son budget colossal et sa pléthore de célébrités, une œuvre qui pourrait tourner des scènes sur les lieux exacts des événements… On l’espère pourtant…

Ce n’est pas l’horreur de la guerre qui est dépeinte, mais l’héroïsme et le courage. 

(Sources photo: http://www.cinetom.fr/archives/2009/05/09/13667734.html et https://tv-programme.com/le-jour-le-plus-long_film/)

 

 

Terminons par une scène culte du film:

 

 

 

Et ce fut… le jour le plus long…