Films de Guerre/ War Movies (20/100): LA LIGNE ROUGE

LA LIGNE ROUGE

La bataille de Guadalcanal, à laquelle j’ai consacré un article sur mon blog, est le cadre de ce beau film de Terrence Malick (tourné en 1998), cinéaste hors norme, ouvre dans laquelle on retrouve sa « patte »: ode à la nature, voix-off… Si la bataille est justement associée au corps des Marines dans la plupart des oeuvres hollywoodiennes (cf Les Diables de Guadalcanal avec John Wayne, Guadalcanal avec Anthony Quinn ou encore un des épisodes de la très réaliste série The Pacific), Malick met en scène le parcours d’un groupe de GIs de l’armée de terre, qui ont effectivement pris le relais des Marines au cours de la campagne.

Le film est l’un des films de guerre le plus réussis. Il est servi par un groupe de bon acteurs au mieux de leur forme : Sean Penn, Jim Cavieziel, Nick Nolte, John Cusak,… On se serait en revanche bien passés de John Travolta ou encore de George Clooney (acteur appréciable, mais qui n’est guère crédule ici). La psychologie des personnages est bien étudiée ; les scènes de combat sont réalistes ; l’action alterne avec des moments plus de pause dans les combats qui sont les bienvenus ; les paysages et les prises de vue remarquables…

La scène de l’assaut contre la casemate japonaise sise au sommet d’une colline est un des grands moments du films, de même que l’une des scènes finales mettant aux prises les Japonais à une patrouille américaine remontant un cours d’eau.

 

Witt, le héros du film. Les voix-off représentent un élément crucial du film: on accède à l’intimité et aux sentiments des protagonistes, qui n’ont de cesse de rechercher un sens à leur action, une raison à la violence, une origine au mal… Quelle sens donner à la vie? Pourquoi la guerre?

Beauté des mers du Sud, palmiers à l’arborescence généreuse, herbes hautes ondulant sous l’effet du vent… Cadre idyllique pour le pire dont l’être humain soit capable… Bref, l’enfer au paradis…

 

Types de tenues, équipement et casques conformes à la période et à la campagne, grenades jaunes comme il sied en 1942: Melick est un réalisateur qui cherche le réalisme dans le détail…

Nick Nolte, alias le Colonel Tall, le « dur » qui exige beaucoup de ses hommes.

Sean Pean, dans le rôle du sergent : baroudeur, mais soucieux de ses hommes…

Le Captain Staros: l’exemple-type de l’officier tiraillé entre son devoir de soldat et son souci de la vie humaine et du confort minimum que méritent ses hommes, à ses yeux

Dans quelques instants, ce soldat va se sacrifier pour sauver les autres en se jetant sur une grenade: un geste d’altruisme absolu qui sera répété à maintes reprises par des soldats américains au cours de la guerre…

 

Jungle, hautes herbes, paysages colinéaires, bunker: tout un panel de situations variées pour un film d’action bien mené

John Travolta et George Clooney: perdus à Guadalcanal…

Les Japonais sont rarement visibles et non étudiés comme ils le seront dans « Lettres d’Iwo Jima » du grand Clint Eastwood, mais ils apparaissent dans quelques scènes fortes, notamment dans le village occupé par les GIs… S’ils subissent des brutalités, le réalisateur ne nous épargne pas des images éprouvantes sur leurs exactions…

Un film de guerre? Oui, mais dans le bon sens du terme: non une ode au champ d’honneur, mais une réflexion sur son horreur et su la violence; un film qui milite donc contre la guerre en nous la montrant…

L’occasion également pour tout féru de la Seconde Guerre mondiale, et plus particulièrement de la guerre du Pacifique, de regarder une oeuvre fort réussie du 7e art…

Terminons en évoquant la bande sonore du film, superbe, que je vous recommande.

 

Films de Guerre/ War Movies (19/100): LES MARAUDERS ATTAQUENT

LES MARAUDERS ATTAQUENT

Ce film de Samuel Fuller (Merril’s Marauders), tourné en 1961, est un grand classique, mais aussi un film très réussi. Il met en scène l’histoire véridique d’une unité américaine engagées en Birmanie et commandée par le General Merril. Le rôle titre est tenu par Jeff Chandler. Fuller rapporte des faits en partie exacts: Merril est frappé d’une crise cardiaque, ses hommes sont épuisés et décimés, ils ont pour mission de s’emparer de Myitkyina. Le réalisateur parvient à nous transmettre les épreuves de la longue marche des héros de son épopée à travers les lignes japonaises.

LES MARAUDERS DE MERRIL: l’HISTOIRE VRAIE

  

Les Marauders de Merril (assis à droite sur le cliché de gauche): une petite participation américaine à la campagne de Birmanie passée à la postérité, notamment grâce à Hollywood

La seule unité de l’US Army engagée auprès des Chinois, en l’occurrence en Birmanie, baptisée force Galahad, ou détachement 1688, puis régiment 5 307 le 1er janvier 1944, ou encore appelée les Marauders de Merrill, du nom du 1er commandant de l’unité, ne rassemble que 2 850 hommes, théoriquement rompus au combat dans la jungle et tous volontaires. Ces hommes vont combattre héroïquement dans des conditions particulièrement difficiles. L’exploit réalisé par les Marauders est sans conteste la prise de Myitkyina et de son important aérodrome en mai 1944, même si les combats s’y éternisèrent jusqu’au mois de juillet. Fin mai, il n’y a alors plus que 200 Marauders de valides ! La mission est couronnée de succès grâce à une marche forcée exténuante exécutée de concert avec plusieurs unités chinoises. Toutefois, Stilwell a beaucoup trop exigé des ses hommes et 80% des Marauders, totalement épuisés, sont hospitalisés. Galahad n’est plus opérationnel. Pourtant l’unité est reconstituée et forme ensuite la Task Force Mars, comprenant le 475th Infantry Regiment (ex-5 307), le 124th Cavalry, le 612th Field Artillery et un régiment chinois. Une unité de l’OSS, le service d’espionnage américain, sert également sous les ordres de Stilwell : le détachement 101 du major Eifler. Pendant cette campagne de Myitkyina, les Rangers kachins se battent aux côtés des forces de Merrill. Fin 1944, le détachement 101 compte 566 Américains et près de 10 000 Kachins. Les pertes totales qu’il inflige aux Japonais sont estimées à 5 500, pour seulement 15 tués Américains et à peine 200 Kachins. En outre, plus de 200 aviateurs alliés sont secourus par l’unité.

LE FILM: LES PERSONNAGES

Un chef charismatique joué avec bonheur par Jeff Chandler.

 

Le lieutenant Stockton, joué par Ty Hardin, le « beau gosse » nécessaire à tous les films américains. Comme dans les films de John Ford, on sent une relation paternaliste entre le commandant et son fidèle second.

Des soldats pittoresques, râleurs, dont un farfelu coiffé d’un chapeau de paille qui n’aime rien de plus que sa jument…Fuller s’arrête sur le quotidien de ces soldats dans la jungle et s’arrêt sur quelques individus aux caractères très différents.

Peu de femmes dans un film d’hommes…Une charmante birmane, à l’occasion d’un passage de la troupe dans un village. L’occasion d’une scène touchante avec un enfant.

 

LE FILM: L’ACTION

 

La traversée d’un cours d’eau: toujours un moment risqué, surtout dans la jungle… Les tenues sont plutôt réalistes (les hommes sont de plus en plus dépenaillés et les barbes fleurissent…).

La scène de combat à Shaduzup dans un dédale de béton près de cuves: une des scènes d’anthologie du film.

Une unité poussée au-delà des limites du raisonnable, comme dans la réalité

Deuxième scène d’anthologie: le combat défensif de nuit des GI’s près de la rivière

 

Ces soldats américains perdus dans la jungle sont tout sauf des va-t-en-guerre. Epuisés, nullement à la recherche d’une vaine gloriole, ils accomplissent cependant leur devoir. La mission accomplie, aucun sentiment triomphaliste. Ils partent pour Myitkyina… Merril risque de mourir. Cela en vaut-il la peine? Au final, aucune gloire ne semble surgir d’un fait de guerre…

Films de Guerre/ War Movies (17/100): LE PONT

 LE PONT

 

Le Pont: un groupe de jeunes soldats allemands confrontés en 1945 à l’invasion de leur patrie.

La version de 2008 bénéficie de moyens plus conséquents que celle de 1959.

                                                        

A gauche, l’affiche de 1959. A droite, la version de 2008.

Après la version de Bernhard Wicki datant de 1959, inspiré d’une histoire vraie, Le Pont de Wolfgang Panzer (sic!), sorti en 2008 (ce n’est qu’un téléfilm; l’oeuvre de 1959 étant destiné au grand écran), se déroule dans un petit village allemand en avril 1945. Un groupe d’adolescents sont poussés à combattre pour défendre leur patrie. Enrôlés au moment où leur village est menacé, ils auraient dû théoriquement rattachés au Volkssturm, bien que leurs uniformes soient plus dignes de ceux de la Wehrmacht. A ce propos, la version de 2008 est nettement plus réaliste que celle de 1959: uniformes, armements et équipement sont bien plus conformes à l’année 1945 (nos jeunes Landser du film de 1959 ont l’air d’être des recrues de 1940…). Ces jeunes soldats sont en fait incorporés au sein d’une Volksgrenadier-Division, soit une division d’infanterie, de la catégorie levée à partir de l’automne 1944.

Les jeunes Allemands sont fanatisés par les cadres locaux du parti (le père d’un des garçons). Une critique de l’endoctrinement et du nazisme, très visible dès la version de 1959, sortie dans un contexte de Guerre Froide et de création d’une nouvelle armée allemande, la Bundeswehr.
Dans les deux versions, les « anciens » soldats semblent s’émouvoir de leur sort. On leur assigne une mission secondaire, avec l’espoir qu’il ne leur arrivera rien: en l’occurrence, la défense du pont de leur propre village.
L’instruction qu’ils reçoivent est des plus sommaires (à la caserne uniquement dans la 1ère version en noir et blanc), ce qui ne les empêche pas d’accomplir quelques exploits face aux soldats américains… On perçoit clairement la fierté de ces Allemands lorsqu’ils revêtent l’uniforme de la Wehrmacht, leur enthousiasme, leur fascination pour des armes tels que le Panzerfaust, mais aussi leur naïveté et leur jeunesse… La mort du premier d’entre eux va les déterminer à combattre avec acharnement.
Des combats acharnés face aux Américains, assez réalistes. Dommage qu’in char moderne suive une réplique de M4 Sherman, beaucoup plus à sa place en 1945 (même s’il s’agit d’un vieux modèle)…
Dans ce film, les réalisateurs nous dressent des portraits de jeunes allemands aux profils psychologiques fort variés, tous plus ou moins va-t’en-guerre, avec l’insouciance de la jeunesse. Autre préoccupation de leur âge, les filles, à tout le moins les jeunes femmes car l’un des héros noue une idylle avec sa professeur, de façon fort explicite dans la version moderne (en 1959, un des garçons -Karl- s’est amouraché de l’assistante-coiffeuse de son père, tandis qu’une autre fille est amoureuse du jeune Klaus), mais beaucoup moins déshabillée et pudique dans l’ancienne version…
Une enseignante bien entreprenante…
Le début du film nous montre le quotidien de civils allemands d’un petit village alors que le III. Reich s’écroule
 L’absurdité de la guerre, le sacrifice inutile de la jeunesse, des ordres insensés: on critique la guerre et les conséquences de l’endoctrinement dans l’Allemagne nazie. On éprouve de la sympathie pour ces jeunes sacrifiés pour rien. Ce ne sont après tout que des gamins, encore adolescents et ignorant des choses de la vie. On laisse le lecteur découvrir le final… On reste surpris de l’indifférence des Américains à l’égard d’un des protagoniste
Au final, un téléfilm bien fait, que ce soient pour les scènes d’action ou celles plus calmes, avant et pendant l’affrontement avec les Américains, et tout aussi -voire plus- intéressantes, dans lesquelles le réalisateur nous montre un groupe d’adolescents pris dans les tourments d’une époque tragique. L’atmosphère de l’Allemagne de 1945 paraît bien rendue.

 

Films de Guerre/ War Movies (18/100): PATTON

PATTON

 

Ce film, que j’apprécie beaucoup, est évidemment du plus haut intérêt pour moi, davantage depuis que j’ai consacré une biographie au grand général.

Un film qui a ravivé la mémoire collective

Le célèbre film hollywoodien de Franklin J. Schaffner consacré à Patton, sorti sur les écrans en 1970, a ravivé le souvenir du général dans l’esprit des Américains (et des spectateurs du monde entier), lequel reste ainsi un des personnages majeurs de la Seconde Guerre mondiale. Il s’agit d’un film sur un homme et non d’un film de guerre en tant que tel. Schaffner va un peu loin en prétendant qu’il s’agit d’un film antimilitariste.

 

Lorsque la première est organisée à Washington devant un parterre choisi de personnalités, l’assistance applaudit à tout-va à l’issue de la première scène (voulue et écrite par Francis Ford Coppola), la plus mémorable du film. Cette scène, dont personne ne veut, est imposée par Darryl Zanuck. Indiscutablement un grand moment de cinéma. 

 Bradley, qui assiste à la projection, estime que les discours du véritable Patton n’étaient pas aussi dramatiques et que son langage était plus grossier. de fait, le cinéaste a supprimé le vocabulaire jugé trop cru (« fils de pute », par exemple).  Certains soldats contestent des détails, la voix ou la vitesse à laquelle l’acteur se déplace – il est plus rapide que le vrai Patton.

George Smith Patton IV, le fils de Patton, est allé voir le film. Il en pleure. Bien qu’il ait vu des photographies et entendu des histoires, Robert Patton, alors âgé de 12 ans, réalise ce jour-là qu’il est le petit-fils du fameux général dont les exploits sont relatés sur le grand écran. La prestation de George C. Scott impressionne Ruth Ellen, une des filles du général, dans des détails, les manières de son père, plus particulièrement son sourire.

 

La genèse de l’oeuvre

Le maître d’œuvre est le producteur Frank McCarthy, un ancien collaborateur de Marshall. Il reçoit le soutien décisif de Zanuck, également intéressé par le projet. Les deux hommes tentent d’obtenir le concours de Beatrice Patton, l’épouse du général. Mais la famille Patton se montre réticente. Nul doute qu’un nouvel appel du studio – la Twentieth Century Fox – le jour de l’enterrement de Beatrice – qui disparaît quelques mois après une de ses filles – n’a pas été de nature à améliorer les choses. La Warner avait eu un projet similaire avec Raoul Walsh à la direction, mais le projet n’eut pas de suite. La Columbia avait également tenté de faire un film à partir du livre Patton. Fighting Man de William B. Mellor.

Plusieurs acteurs ont été intéressés par le rôle, dont Burt Lancaster et John Wayne. Le choix – heureux – se porte in fine sur George C. Scott. Sa prestation est d’une telle qualité qu’il incarne Patton dans le souvenir des Américains.

Le véritable chien de Patton, « Willy », est bien de la même race que celui qui l’incarne dans le film

La scène de débarquement n’est pas exactement la même qu’en réalité, mais l’uniforme et la présence des médias sont très réalistes

Un des grands moments du film: la bataille d’El Guettar, en Tunisie. Il en est d’autres tels que son arrivée au commandement du 2nd US Corps ou l’affaire des gifles.

Le jeu de Scott est absolument remarquable et l’oeuvre de Schaffner rend compte avec talent de la personnalité publique du général : son patriotisme, sa culture, son intérêt pour l’Histoire, sa rivalité avec Montgomery, son langage de charretier et ses manières brusques, ses maximes, son mépris pour la lâcheté, sa proximité avec la troupe (notamment sa visite des hôpitaux de campagne), son génie militaire, son mépris des Soviétiques…

Le réalisateur a su condenser les faits marquants de ses différents commandements assumés entre 1943 et 1945 et on aboutit à un film très bien charpenté, articulant les scènes d’action avec des scènes dévoilant un Patton plus intime et nous révélant des pans de sa personnalité si complexe.

On appréciera aussi la superbe musique signée Jerry Goldsmith:

 

Les oublis du film

Si le film est incontestablement un chef d’oeuvre, le réalisateur a dû procéder à des choix parfois malheureux, ou à tout le moins regrettables. Beaucoup d’épisodes significatifs sont ainsi passés sous silence. Le film débute en février 1943, ce qui élide d’emblée la jeunesse et la formation de Patton, mais aussi les années cruciales d’entraînement en 1940-42 ainsi que l’opération « Torch », le débarquement en Afrique du Nord, de même que la conférence de Casablanca. Bizarrement, Eisenhower n’est pas incarné par le moindre acteur dans le film…On envisage un temps une scène se déroulant à Buchenwald, mais elle n’est pas tournée, alors qu’il s’agit-là d’un événement de prime importance pour Patton. On ne voit pas non plus le Patton controversé, « proconsul » en Bavière et particulièrement dur envers les Juifs… Le film élide également sa mort. De leur côté, les Afro-Américains se plaignent qu’il ne soit pas fait mention du 761st Tank Battalion, une des rares unités combattantes noires, acceptée de bon gré dans l’armée de Patton, alors que l’US Army est encore ségrégationniste. Le tournage connaît par ailleurs quelques déboires, les deux mules du fameux épisode survenant en Sicile ayant été véritablement tuées au cours du tournage…

Mais le plus grand oubli est l’impasse faite sur les aspects plus sympathiques du personnage. C’était également un gentleman, un hôte courtois, urbain et affable, non dénué d’humour. Il savait se montrer sensible, émotif au point d’en arriver aux larmes. Ses collaborateurs dépeignent un homme plein de compassion. S’il jurait sans cesse et pouvait se montrer grossier, il ne blasphémait jamais et ne racontait jamais d’histoire grivoise (mais il appréciât les femmes). S’il était irascible et pouvait être sujet à des accès de rage, il savait également faire amende honorable et se confondre en excuses avec tout autant de célérité.

Les erreurs du film

Bradley est impliqué dans le projet de Schaffner, mais il faut compter avec la personnalité difficile de sa seconde épouse. Le général exige de l’argent et plus de présence à l’écran. Il critique des détails secondaires : il se déplaçait lui-même toujours avec deux jeeps et son état-major trans- portait deux bazookas et des mitraillettes. Bradley ne veut pas que son personnage soit présenté comme l’espion d’Ike ; en revanche, il ne voit rien à redire si c’est l’acteur jouant Patton qui le dit.

Bradley apparaît dans le film sous les traits de Karl Malden. Le général, jaloux et méprisant Patton, est partie prenante dans l’élaboration du film, ce qui n’est pas sans conséquences…

Les tanks du film sont les sempiternels chars modernes d’après-guerre… Les Jeeps elles mêmes ne sont pas toutes du modèle de la Seconde Guerre mondiale.

Les erreurs sont nombreuses: Kasserine n’est pas le 1er affrontement entre Américains et Allemands (voire ici) ; Patton n’est pas vraiment présent pour diriger bataille d’El Guettar et pour voir en personne les Panzer tomber sous les coups des Tanks Destroyers (c’est Terry Allen qui mène la bataille) ; le film donne l’impression qu’il désobéit sciemment à Alexander en Sicile (où de surcroît; la scène de l’arrivée de Montgomery à Messine est des plus farfelues…); il y a eu plusieurs cas de soldats giflés en Sicile; Patton ne découvre pas par hasard en Normandie de la bouche de Bradley le fait qu’il va commander la 3e armée ;  etc.

Pour autant, ces libertés prises avec la réalité n’entament en rien l’intérêt du film qui, on l’a souligné plus haut, montre remarquablement le caractère du général et les principaux événements de sa brillante carrière entre 1943 et 1945.

On craint que Montgomery, quelque peu lésé par le scénario, n’entame une procédure judiciaire et que le film ait des difficultés à être distribué au Royaume-uni et dans le Commonwealth, un marché important pour les films hollywoodiens. Mais il n’en est rien: le maréchal a déjà en partie réglé ses comptes dans ses Mémoires. Les Mémoires d’Eisenhower et de Bradley avaient en effet bien mis en avant les Américains, au détriment des forces britanniques à son goût.

La prière de Noël de Patton : un mythe ?

Le véritable Patton et le général Mc Auliffe à Bastogne, pendant la bataille des Ardennes

Dans le biopic hollywoodien, le commandant de la 3rd Army, irrité par les conditions météorologiques alors que la percée vers Bastogne se fait attendre, aurait donné l’ordre à l’aumônier O’Neill de rédiger une prière pour le beau temps. Pourtant, cette décision passée à la postérité a été prise deux semaines plus tôt, bien avant l’offensive allemande. Cette fameuse prière fait toutefois son chemin jusque dans les Ardennes puisqu’elle est imprimé au dos de la carte de vœu de Noël distribuée par Patton à ses GIs. Ce dernier aurait rédigé en personne d’autres prières, dont une en date du 23 décembre mais elles n’ont été mises à la connaissance du public qu’après la guerre par l’office du tourisme du Luxembourg,

 

La postérité du film

L’impact du film est indéniable. Il est indéniable qu’il a largement participé au souvenir du grand général auprès du grand public. Avec MacArthur (Gregory Peck au grand écran), il est le seul général allié de la Seconde Guerre mondiale a avoir inspiré Hollywood (Eisenhower  eau droit à un téléfilm et à une série, cette dernière avec Robert Duvall dans le rôle-titre).

Sans surprise, c’est aux Etats-Unis que l’impact du film est le plus sensible. Le président Nixon en personne s’inspire de Patton. des tankistes de l’armée en Irak affrontent l’adversaire sur la musique du film. Ce dernier sert à galvaniser les troupes ou les nouvelles recrues. La scène avec le drapeau devient une référence, y compris pour les meetings politiques. en 2009, déplorant la situation en Afghanistan et la réaction du président, le commentateur Bill O’Reilly déclare : « Le plus gros problème est que Barack Obama manque de passion pour la victoire. Ce que la nation avait besoin d’entendre hier soir c’était un peu de général Patton. » Il passe ensuite un extrait du début du film dans lequel le général affirme que les Américains ne supportent pas l’idée de perdre.

Un grand film de guerre, parmi le plus réussis, sur un général hors normes. A voir et à revoir.

 

 

 

Films de Guerre/ War Movies (15/100): TORPILLES SOUS L’ATLANTIQUE

TORPILLES SOUS L’ATLANTIQUE

 

Robert Mitchum dans un de ses grands rôles

Torpilles sous l’Atlantique (The Enemy Below en version originale), fameux film de Dick Powell, tourné en 1957, raconte le duel se déroulant dans les Caraïbes entre un sous-marin allemand et un destroyer américain, le USS Haynes. Ce dernier est commandé par le capitaine Murell un ancien officier de la marine marchande, joué par Robert Mitchum, commandant faussement laxiste et type même de l’amateur devenu professionnel. L’homme est pour le moins guère rancunier car on apprend qu’il a perdu son épouse lors du torpillage de son cargo…

 

En face de lui: Curd Jurgens. On déplore comme si souvent des casques ridicules pour les Allemands (comme si des modèles 35 ou 40 étaient si difficiles à dénicher pour les accessoiristes de années 1950)

Le personnage joué par Curd Jurgens (le capitaine von Stolberg) est celui que les Américains (et les Français, les Britanniques et les Allemands eux mêmes) souhaitent donner de la Wehrmacht en ces années de Guerre froide : un soldat résolu, professionnel mais apolitique, en tout cas hostile au parti nazi… Pour faire contrepoids et mettre en valeur son opposition au régime, Jurgens est affublé d’un second qui n’est qu’une caricature bien forcée de nazi en service dans la Kriegsmarine : salut hitlérien, lecture évidemment de « Mein Kampf », slogan hitlérien à l’intérieur même du sous-marin… Le trait est un peu forcé, trop caricatural. Si le degré de nazification est important au sein de la marine allemande, il ne se traduit aucunement par ces marques de déférence… A l’inverse, si certains commandants de sous-marins n’ont pas caché leurs sentiments hostiles envers Hitler, ils sont peu nombreux et, dénoncés par des membres de leur équipage, ils l’ont payé parfois de leur vie. Un détail peu réaliste touche les sous-mariniers du film: ils sont trop propres…

On apprécie le fait d’avoir un véritable navire américain de la Seconde Guerre mondiale, en l’occurrence le destroyer d’escorte de la classe Buckley, le USS Whitehurst.

 

L’intérieur du submersible n’est pas celui d’un U-Boot de la Seconde Guerre mondiale. Il est évident que l’engin est d’après-guerre. Quant à la cabine du commandant, c’est un luxe inconnu à l’époque (l’intimité de son petit espace, qui se limitait à un lit, n’était assurée que par un simple rideau).

Les officiers du destroyer, d’abord dubitatifs quant aux capacités de leur capitaine

Comme dans Ouragan sur le Caine, l’équipage américain découvre un nouveau commandant envers lequel, comme il se doit, il se montre plutôt circonspect, voire dubitatif quant aux qualités de ce nouveau « pacha ». Mais, à l’opposé d’Humphrey Boggart, Robert Mitchum campe un officier de marine de valeur. Preuve de l’efficacité de la démocratie américaine en guerre, ce dernier était encore un capitaine de la marine marchande peu auparavant, mais il parvient à maîtriser tous les ressorts de la guerre anti-sous-marine en peu de temps. Le spectateur apprend le drame qui est à l’origine de son engagement.. Bien entendu, il ne ressent aucune haine et aucun esprit de vengeance ne l’anime : quelle grandeur d’âme, ces Américains qui luttent pour le bon droit ! On notera aussi que le jeune matelot qui est amputé de ses doigts semble prendre la chose avec légèreté : ces « boys » sont décidément d’un stoïcisme incroyable, et leur dévouement à la cause est sans limite.

Les Américains ont toujours l’allure décontractée que l’on attend d’eux dans un film de guerre hollywoodien. Mitchum, nue tête et à peine réveillé, n’a pas l’allure de Jurgens, même lorsque le U-Boot de ce dernier est sur le point de sombrer…

Les rôles secondaires sont assez effacés, écrasés par la présence à l’écran des deux commandants. On se demande d’ailleurs si le médecin de nord américain (ci-dessus) n’est pas un peu âgé pour une marine qui peut se permettre d’être regardante sur ses effectifs… Le second de Jurgens, Schwaffer, très mal doublé en français (l’accent est autant germanique que le mien est marseillais), n’est pas très convainquant..

 

Le scénario est bon, le suspense et le duel réussis. On apprécie les tactiques utilisées par les deux adversaires pour leurrer l’ennemi. On a là un bon film de guerre, qui se laisse regarder, même si on n’est pas à la hauteur du « Bateau » de Wolfgang Petersen, également très supérieur au U-371 de Jonathan Mostow.

Un happy end à l’américaine

 

Films de Guerre/ War Movies (14/100): LES RATS DU DESERT

 

LES RATS DU DESERT

Un film à la gloire de la 8th Army

Les films consacrés à la guerre du désert, sans être inexistants, restent une rareté. Bizarrement, le côté épique de certains aspects de cette campagne n’ont pas retenu l’attention des réalisateurs. Avec « Les Rats du désert »(1953), Robert Wise s’attache à nous présenter le célèbre épisode du siège de Tobrouk, en 1941.

James Mason, de nouveau dans le rôle d’Erwin Rommel

Un passionné (et un peu spécialiste tout de même) comme moi ne peut que se réjouir devant la perspective de voir un film abordant un de ses sujets d’étude de prédilection. Dans le même temps, je reste consterné par la quantité d’erreurs qui se glissent dans l’histoire portée sur le grand écran. Le film commence par une scène avec Rommel, campé de façon plus ou moins crédible de nouveau par James Mason (qui prête déjà ses traits à l’officier allemand dans « Le Renard du Désert », sorti en 1951). Las, il est immédiatement question d’une 9. Panzer-Division qui n’a pas posé la moindre chenille en Afrique. Soulignons aussi la scène ridicule d’un Rommel déjeunant dans un cadre cossu avec verres en cristal et plats et couverts des plus élégants… Rien à voir avec les conditions spartiates dans lesquelles il vivait!

La scène la plus ridicule du film…

Il apparaît vite que Wise entend nous narrer la première tentative de Rommel pour s’emparer de la place forte, en avril 1941. Sans être nommé, on devine que le général australien n’est autre que Leslie Morshead, le « patron » de la 9th Australian Division, l’unité qui a soutenu le siège en 1941. Quant à Richard Burton, brusque et taciturne comme si souvent à l’écran, il campe le personnage d’un capitaine britannique détaché auprès des forces australiennes, occasion (heureuse) pour le réalisateur de nous présenter les antagonismes entre l’armée de Sa Majesté et son homologue impériale des antipodes. De ce point de vue, l’indiscipline des troupes australiennes et la proximité entre gradés et hommes du rang sont bien rendues. En revanche, un autre aspect manque pour le moins de réalisme : l’âge des engagés est plus digne du Volkssturm ou autre Home Guard que de l’Australian Imperial Force (bien que, dans les faits, trois simples soldats engagés de la 9th Australien Division été âgés de plus de 60 ans).

A droite, le général Morshead, étrangement encore à son poste au moment de l’opération « Crusader »

Burton retrouve son professeur à la guerre, un homme qui a passé l’âge d’être en première ligne, comme beaucoup des acteurs ayant le rôle de soldats australiens: erreur de casting de Robert Wise?

Certaines scènes sont bien tournées, le spectateur se trouvant à plusieurs reprises à hauteur d’homme. La première attaque nous montre bien que l’infanterie allemande fut stoppée, et que les Panzer continuèrent seuls à l’intérieur du périmètre, devenant la proie des contre-attaques de flancs et des antichars. Las, le réalisateur nous présente le plan comme absolument préconçu, Morshead devinant exactement où Rommel va lancer son assaut et laissant à dessein l’ennemi s’enfoncer à l’intérieur du périmètre défensif pour mieux l’anéantir… Si la réutilisation de canons italiens est également véridique, deux autres points concernant l’artillerie sont inexacts : les scènes d’époque avec l’excellent antichar de 6 pounder qui n’entre en lice qu’en mai 1942 (soit un an plus tard…) ; pis : les renforts australiens arrivent sous un déluge d’artillerie, qui fait pourtant totalement défaut à Rommel lors de ses premières tentatives contre le port en avril 1941. La suite de l’attaque est moins bien traitée : si l’infanterie allemande est mise en fuite, on ne voit pas qu’elle a en fait été éliminée après avoir été abandonnée à son sort par les Panzer.

Les scènes de combat, sans égaler celles des films modernes, bien plus réalistes, sont relativement bien tournées, si ne n’est la facilité qu’ont les soldats allemands à franchir le réseaux de barbelés (comme dans « Le Jour le Plus Long », il suffit de se coucher dessus…)

Le film veut également montrer un autre aspect caractéristique du siège de Tobrouk : les coups de mains nocturnes menés dans le No Man’s Land, parfois à bord de chenillettes Bren Carrier, épisodes que je relate  dans mon livre Afrikakorps et surtout dans mon article « Tobrouk 1941. Un été d’enfer pour les Australiens » (« Ligne de Front » N°61, mai-juin 2016).

Le visage grimé en noir, portant bérets et armés de grenades et de mitraillettes, les Australiens sèment le chaos chez un ennemi qu’il maintien dans l’insécurité, quoique les contre-mesures apparaissent rapidement. En revanche, le raid lancé par McRoberts contre un dépôt de munitions est plus digne des attaques des raiders du désert du SAS ou du LRDG, ou encore des commandos, que des attaques menées par les Australiens. La façon dont le héros regagne les lignes alliées est également un clin d’œil à ces combattants du LRDG qui ont préféré les affres du désert à la captivité…

Des soldats de l’Afrikakorps en uniformes et armés de façon fort peu réaliste…

Comme bien souvent dans les films de guerre de cette époque, les Allemands sont particulièrement maltraités. Leurs vêtements et surtout leurs casques dignes de soldats du Kaiser de 1916 sont ridicules… (un travers que l’on retrouve dans « Sahara » avec Humphrey Bogart, ainsi que dans « Les Diables du Désert« ). Leur armement aussi. Quant aux Australiens, le filet de camouflage n’est pas caractéristique de la guerre dans le désert: les soldats peignaient leurs casques ou les recouvraient de toile de jute.

Wise met certes un point d’honneur à présenter l’aspect « guerre sans haine » de la guerre du désert, sans cet excès qui manquerait de réalisme : ainsi, le médecin allemand soigne son captif, Richard Burton, qu’un des officier qui l’interroge est prêt à brutaliser. L’irruption de Rommel dans la tente nous présente un officier chevaleresque : refusant qu’on maltraite l’Anglais, il le félicite, de façon un peu surprenante, pour le succès raid, qui condamne pourtant son artillerie au silence… Le réalisateur nous montre le général se faire soigner, alors que Rommel ne souffrira d’aucune égratignure avant le mitraillage de sa voiture en Normandie en juillet 1944. Le cynisme et la liberté de parole et de ton de Burton/McRoberts à son égard semblent également trop prononcés…

Le dernier combat se déroule sans équivoque au moment de l’opération « Crusader », en novembre-décembre 1941. Or, Morshead et sa division ne sont plus à Tobrouk à ce moment-là : ils ont été relevés, mis à part une unité qui n’a pu être évacuées. Quant à la position d’El Duda, elle n’est pas que le fait des Australiens, la percée de la garnison étant l’œuvre des blindés et de plusieurs bataillons d’infanterie.

Comme convenu, le « dur » se laisse attendrir et tous finissent par ressentir un respect et un affection réciproque. Quant au lâche, il est devenu le soldat le plus courageux du bataillon…Au final, un film qui n’est pas un chef d’œuvre lais qui se laisse regarder. Il procure l’occasion d’une soirée de détente dans l’ambiance de la guerre du désert.

Films de Guerre/ War Movies (13/100): ENFANTS DE SALAUDS

ENFANTS DE SALAUDS

 

Ce film original d’André de Toth, tourné en 1969, n’est pas ma fiction préférée consacrée à la guerre du désert, mais l’oeuvre, originale, offre son lot de scènes d’action et procure un bon moment de détente. Ce film de guerre hors du commun débute avec un des « tubes » de la Seconde Guerre mondiale, dont l’histoire est liée à la guerre du désert.

Une ouverture sur fond de « Lili Marleen »

J’ai déjà eu l’occasion de présenter en détail deux films mettant en scène des commandos du SAS ou du LRDG, déployés en Egypte et en Libye au cours de la guerre du désert : l’excellent « Un Taxi pour Tobrouk » (ici) et Les Diables du Désert » (ici). Avec « Enfants de Salauds » (« Play Dirty ») d’André de Toth, je me penche cette fois-ci sur une autre oeuvre portant sur le même thème, mais quelque peu iconoclaste, sur fond de cynisme assez savoureux.

Un film tourné dans un cadre magnifique (en Andalousie)

Les péripéties sont assez nombreuses (pneus crevés, etc), les scènes d’action stimulantes et le jeu des acteurs réussi, même si les rires sadiques des acteurs nous semblent plus proches de ce qui est attendu des tueurs des westerns de Sergio Leone que de commandos de Sa Majesté. Les membres du commando sont plus proches d’une bande de gangsters (prêts à piller, tuer, violer) que de soldats réguliers…

Des commandos de Sa Majesté ou bien des tueurs psychopathes?

Douglas, le type même de l’officier britannique respectueux des ordres et du règlement

On notera, comme d’accoutumée, un dichotomie entre des officiers professionnels, comme Michael Caine, alias Douglas, et des cadres beaucoup plus laxistes sur le règlement (le capitaine Leech, véritable mercenaire et ruffian, joué par Nigel Davenport), aussi bien disciplinaire que tactique. La scène de la mouche dans le café/bar et l’argent que est prêt à verser à Leech s’il survit au raid donnent tout de suite la tonalité du film…

Une image qui rappelle un fameux cliché de la guerre du désert…

La base des commandos est réaliste: on pourrait facilement imaginer Siwa, Koufra ou Djalo…

  

Des commandos capables de mimétisme: vêtus en Italiens (à gauche), ou en combattants de l’Afrika-Korps (à droite)

Si l’ambiance « raiders du désert » est bien rendue, le film ne bénéficie cependant pas de l’appoint de véritables camions Chevrolet… Quant aux Allemands, ils «montent» les incontournables halftrack américains grimés en semi-chenillés allemands (et ces engins ne peuvent pas être des véhicules de prise avant les premiers combats menés contre les Américains, fin 1942 en Tunisie). Les scènes dans l’oasis, le passage de la falaise, l’attaque du dépôt, … autant de moments forts et toujours surprenants de cette oeuvre.

 

L’oasis et le franchissement des falaises: deux passages recréant « l’ambiance LRDG », avec le cynisme de de Toth en prime… Rien ne se déroule comme attendu…

Les officiers supérieurs pour de Toth? Tous des individus sans scrupules…

L’absurdité et l’horreur de la guerre, le cynisme des officiers supérieurs prêts à sacrifier leurs hommes (le colonel Masters et le général Blore n’ont rien de gentlemen…), les crimes de toutes sortes (une infirmière manque de peu de se faire violer)… Ce film ne fait rien pour glorifier la guerre.

Outre le cadre (la guerre du désert), un des intérêts du film est le lot de surprises qu’il nous offrent, avant même la scène finale, inattendue et donc savoureuse, que nous ne dévoilerons pas…

 

 

Films de Guerre/ War Movies (16/100): LA GRANDE EVASION

LA GRANDE EVASION

 

 

Au « frigo »!

 

Admirablement servie par une musique inoubliable signée Elmer Bernstein, La Grande Evasion, le chef d’oeuvre de John Sturges, sorti sur les écrans en 1963, est le film d’évasion par excellence, bien davantage que des oeuvres comme La Grande Illusion ou, dans un genre un peu différent, La Vache et le Prisonnier. Le succès est immédiat, à une époque où le film de guerre est un genre qui a encore le vent en poupe (Le Jour le Plus Long est sorti l’année précédente, en 1962). L’un des grands intérêts du film, outre le suspense, est que le réalisateur nous offre une belle galerie de personnages aux profils psychologiques fort variés. Le film de Sturges bénéficie en outre de la présence de nombreux acteurs de premier plan: Steve McQueen, Charles Bronson, James Garner, James Coburn, Richard Attenborough,  Donald Pleasence, etc.

L’histoire raconte les préparatifs et la mise en œuvre d’une évasion massive de 76 pilotes de guerre alliés, majoritairement britanniques, détenus au Stalag Luft III, en Basse-Silésie. Le scénario est basé sur de faits réels: la plus massive et la plus spectaculaire évasion de détenus alliés sur le sol du Reich pendant la guerre. Les plans prévoyaient la fuite de davantage de détenus (le jour J, 203 hommes se présentent au baraquement 104 où se trouve l’entrée du tunnel), comme l’illustre parfaitement le film, un imprévu va rendre l’évasion plus ardue et tout compromettre. Le film nous présente remarquablement les différentes péripéties qui surviennent à l’intérieur même du camp pendant les préparatifs d’invasion, ainsi qu’à l’extérieur, lorsque les 76 évadés jouent leur vie pour recouvrer la liberté et, espèrent-ils, rejoindre l’Angleterre.

Des officiers pilotes: des spécialistes difficiles à former que les Allemands ont placé sous bonne garde.

Charles Bronson tente de quitter le camp avec un groupe de prisonniers de l’Est. Sturges ne nous montre pas du tout à quel point les prisonniers soviétiques sont maltraités de façon inhumaine par les Allemands… On rapporte que lorsque le film fut diffusé à Moscou, le public fut choqué de voir le abonne conditions de vie des prisonniers alliés.

Peu survécurent à la tentative d’évasion…

Les soldats américains à Hollywood: l’inévitable décontraction, le peu d’intérêt pour les convenances, une certaine ironie. Leur rôle est surévalué dans le film, par nécessité…

Des officiers de l’empire des plus divers dans leur accoutrement comme dans leur attitude. Les prisonniers les plus impliqués, faisaient partie du Comité « X » dirigé par le britannique Roger Bushell. 

Les Alliés ; très astucieux, ne manquent pas d’imagination pour tromper leurs gardiens, souvent muets dans le film. Un fait véridique : les soldats de la Luftwaffe étaient bien chargés de la surveillance des captifs des armées de l’air alliés. Ces gardes étaient surnommés les « crétins » par leurs captifs et leurs miradors les « boîtes à crétins ».

 

Quelques poncifs concernant l’armée allemande semblent émailler ce film pourtant très réussi. Les soldats de la Wehrmacht sont très corrects et humains, pour ne pas dire naïfs (cf le personnage de Werner), tandis que les SS sont systématiquement impitoyables.

La superproduction a été tournée en Allemagne, un camp de prisonniers étant reconstitué pour l’occasion sur le site d’une forêt peu éloignée des Studios Bavaria. Le réalisme est assuré par la récupération d’une multitude de véhicules (et un avion Bucker de 1937).

 

Une scène bien improbable: deux cafetiers, par ailleurs membres de la Résistance, trinque avec James Coburn, un évadé canadien qui est parvenu en France, après que deux officiers allemands aient été assassinés sur leur terrasse…

Le personnage du Squadron Leader Bartlett, surnommé « Grand X », l’âme de l’opération, est joué par Richard Attenborough, quelque peu suffisant et soucieux d’imposer son autorité.

Dans la nuit du 24 au 25 mars 1944, le jour de l’évasion, un problème de taille survient:  le tunnel est trop court de 10 mètres et débouche à l’orée du bois, au lieu de la forêt, donc non à l’abri du regard des sentinelles. Les évadés doivent donc attendre que la sentinelle du mirador regarde dans une autre direction pour pouvoir s’extirper, ce qui retarde le déroulement du plan. Lorsqu’un des gardiens découvre le trou, l’alerte est donnée: c’en est fini de l’évasion…

  

La traque commence et les évadés sont trahis par le moindre détail, qui ne passe jamais inaperçu aux yeux des Allemands lancés à leurs trousses.

Humilié, Hitler ne respecte pas la Convention de Genève, et ordonne que l’on exécute 50 des prisonniers échappés. Seuls trois réussissent à rejoindre le Royaume-Uni. De son côté, le chef du camp, l’Oberst von Lindeiner-Wildau est relevé de son commandement et condamné à 2 ans de forteresse. L’annonce du massacre arrive en Angleterre en juillet 1944. Dès l’annonce des meurtres, décision est prise de poursuivre les auteurs de ces meurtres. Traduits en 1947 devant la cour de justice militaire britannique à Hambourg, 21 des nazis responsables de ces exécutions sont condamnés à la peine de mort.

La scène d’anthologie du film: lorsqu’à l’issu d’une course poursuite à moto (digne des meilleurs polars hollywoodiens), Steve Mc Queen, alias Hilts, échoue à franchir la frontière suisse…

 

Films de Guerre/ War Movies (12/100): LES DOUZE SALOPARDS

 

LES DOUZE SALOPARDS

 

Lee Marvin, dans un rôle que John Wayne a failli tenir, mais le grand « Duke » n’aurait pas été crédible…

Le film de commandos par excellence

Le succès des « Canons de Navaronne » a lancé la vogue des films de commandos, dont « Les Douze Salopards » de Robert Aldrich constitue l’une des réalisations les plus réussies du genre, servie par un casting de choix. Comme d’accoutumée, je ne raconterai pas ici les diverses péripéties qui surviennent aux héros pour me concentrer sur certains éléments (erreurs, etc)…

Charles Bronson et Lee Marvin: les deux vedettes du film qui tiennent les rôles les plus importants

Telly Savalas, acteur qu’on retrouve dans d’autres aventures se déroulant pendant la Seconde Guerre mondiale se apparentées aux ‘histoires de commandos derrière les lignes ennemies (« De l’or pour les Braves », « Bons Baisers d’Athènes »), tient ici le rôle d’un véritable psychopathe.

John Cassavetes, l’un des « salopards » les plus intéressants: la tête brûlée indisciplinée par excellence

Ernst Borgnine dans un rôle d’un général plutôt affable, prêt à soutenir les unités les plus excentriques, à condition que les résultats suivent…

Le matériel: un bon point

Un des écueils que nombre de réalisateurs n’arrivent pas à éviter est celui de la qualité et du réalisme du matériel utilisé. Le matériel d’époque ne manque pas, que ce soit en Angleterre (lors des exercices), ou encore en France, au cours du raid, où on découvre du véritable matériel allemand, dont les inévitables Volkswagen Kübelwagen. Le réalisateur a eu le mérite de ne pas céder à la tentation d’employer du matériel moderne grimé en véhicules de la Seconde Guerre mondiale. Les uniformes sont globalement corrects, même si les 12 salopards ne sont pas vêtus de tenues des forces aéroportées et que des tenues modèles 41 comme celles portées par les MP auraient été préférables que leurs uniformes modèles 43 (ou, à la rigueur, du treillis).

    

A gauche: un semi-chenillé tracteur d’artillerie; à droite: une automitrailleuse anglais Daimler « Dingo » maquillée en engin allemand

Les incohérences du film

Peut-on réellement imaginer dans la réalité que Donald Sutherland puisse sérieusement donner l’illusion auprès de Robert Ryan  qu’il est un général incognito? Une scène savoureuse, mais tellement improbable…

Charles Bronson, Lee Marvin: ou comment le moindre Américain est capable de tromper les Allemands même lorsqu’il ne parle pas la langue de Goethe… (voire mon article sur les soldats allemands au cinéma)

  

Les Alliés n’ont pas pour habitude de confier des missions à des unités disciplinaires. Un raid aussi crucial tel qu’il est présenté dans le film ne saurait être confié qu’à des soldats d’élite, dûment entraînés, et non à un groupe de soldats indisciplinés, voire dangereux, qui ont pu être condamnés pour les crimes les plus graves… Les héros du film sont cependant indubitablement des durs, et ils ne font aucun quartier lors de l’accomplissement de leur mission…On note également la présence d’un Afro-Américain au sein de l’unité, chose difficilement imaginable dans une US Army où sévit encore la ségrégation…

Des liens avec l’Histoire?

Les exercices d’entrainements entre deux « armées » étaient fréquents en Angleterre. L’épisode mettant en scène un tel exercice constitue un des moments forts du film.

Le plan vise à neutraliser des hauts gradés allemands en Bretagne s’inspire d’un fait réel: le 6 juin, un Kriegspiel (exercice sur cartes) est prévu à Rennes pour les plus hauts responsables de la 7. Armee (déployée en Normandie et en Bretagne). Des officiers sont arrivés dès le 5 juin, mais il n’y a pas eu de raids de commandos de mis en place par les Alliés pour les neutraliser, et ce d’autant plus que la date du Jour J n’a été arrêtée que tardivement, puis repoussée. En revanche, le General Falley, Kommandeur de la 91. Luftlande-Division, est tué -par hasard- dans la Manche par des parachutistes américains, alors qu’il se rendait à Rennes pour cet exercice.

Dans les faits, des paras alliés ont bien été largués en Bretagne la veille du 6 juin, mais ils portaient l’uniforme des forces aéroportées britanniques et ils étaient… des soldats français du SAS (Special Air Service), l’unité de commandos sans doute la plus fameuse.

« Les Douze Salopards » est un film plaisant, avec un bon scénario (la période d’entraînement de ces « fortes têtes » est mémorable), sans être ridicule comme ses suites, ni gâchée par une violence débridée comme dans la version de Tarantino (« Inglorious Bastards »). Il s’agit en fait d’un des meilleurs films de commandos réalisé par Hollywood.

Films de Guerre/ War Movies (11/100): IL FAUT SAUVER LE SOLDAT RYAN

IL FAUT SAUVER LE SOLDAT RYAN

 

 

 

Le fameux film de Steven Spielberg, sorti en 1998, est connu par le réalisme de sa fameuse scène « choc » du débarquement sur Omaha, dont l’imagerie est très inspirée par les célèbres clichés de Robert Capa. Les autres moments forts et émouvants de l’oeuvre sont les passages tournés au cimetière américain de Colleville-sur-Mer ainsi que la scène dans laquelle le général Marshall, chef d’état-major de l’US Army, lit à ses subordonnés une lettre remarquable d’Abraham Lincoln, toujours très inspiré.

 

La vue de la mer couverte de navires, inspirée des clichés d’époque, est la plus mémorable à mes yeux…

Le scénario, certes un fiction, repose sur une mission confiée à un groupe de Rangers, chargés de retrouver un parachutiste, un certain Ryan, afin de le rapatrier en Angleterre puis aux Etats-Unis: ses trois frères sont morts au combat et il est démobilisé. Spielberg s’inspire à l’évidence de l’histoire vraie des frères Niland morts en Normandie, ainsi que celle des frères Sullivan.

Tom Hanks, un grand acteur dans l’un de ses grands rôles

Des erreurs étonnantes pourtant faciles à éviter

En dépit de gros efforts de réalisme, des erreurs surprenantes se sont glissées dans le film.Pour ce qui est des événements de la nuit du 5 au 6 juin, Spielberg glisse un clin d’oeil à la mort du général Don Pratt, tué lors du crash de son planeur Waco à l’atterrissage en Normandie, mais, bizarrement, invente un général fictif, du nom de Amend…

Concernant la scène de débarquement, si Spielberg fait l’effort de reconstituer les défenses de plages, il commet l’impair surprenant de disposer à l’envers les pieux (souvent dotés de mines et d' »ouvre-boîtes ») destinés à éventrer les péniches… Pis, les fortifications ne ressemblent en rien à celles qui étaient à Omaha, sur l’aile droite de la zone d’assaut, d’autant que Spielberg place des mitrailleuses dans un blockhaus d’observation…

Plusieurs approximations, pour ne pas dire erreurs, touchent le traitement des forces allemandes. La « Das Reich » n’est pas en Normandie à cette date (le film se déroule entre le 6 et le 8 juin), pas plus que les bataillons de Tiger: le 1er n’entre en lice qu’en date du 13 juin, en secteur britannique (comme les deux qui suivront)… Les Américains n’ont en fait pas eu l’opportunité de combattre des Tiger avant le bouclage de la poche de Falaise à la fin du mois d’août 1944… Les noms des Kampfgruppen (groupes de combats allemands) sont par ailleurs farfelus. Des soldats allemands qui sont d’ailleurs plus coiffés comme des militaires modernes ou des extrêmistes de mauvais aloi que comme des jeunes soldats allemands des années 1940, qui portent souvent les cheveux longs sur le haut du crâne…

Les cours de stratégie donnés par des officiers subalternes américains, avec, au passage, des critiques fusant à l’endroit du général britannique Montgomery, sont assez surprenantes et absolument pas réalistes ni à la date considérée, ni au niveau de la hiérarchie à laquelle appartiennent ce officiers : on assiste ni plus ni moins à un résumé de la campagne de Caen à Berlin…

Enfin, et c’est un grand classique, Spielberg ne semble pas savoir que la vitesse du son est nettement moins rapide que celle de la lumière: comme dans tous les films de guerre, le bruit des explosions qui surviennent au lointain nous arrive en même temps que la lueur qu’elle provoque…

 

Un matériel et un équipement réalistes?

Il s’agit là d’un des grands points forts du film (il suffit de comparer avec le « Jour le Plus Long » que j’ai plus longuement évoqué ici). Spielberg a fait un indéniable effort dans le réalisme et le soin apporté au détail dans les uniformes. Les Rangers sont correctement équipés, y compris de gilets d’assaut, avec des casques ornés de leur insigne spécifique, sans filets de camouflage contrairement aux troupes de la 29th US ID qui débarquent à leurs côtés. Le petit équipement et l’armement est à l’avenant… Les chargeurs, pour une fois, ne sont pas dotés d’un nombre de coups illimités… On apprécie toujours la vue de Sherman, qui plus est dotés de leur équipement d’étanchéité mis au point pour le D-Day, ainsi que de chasseurs Mustang (bien incapables, cependant, de neutraliser un Panzer…).

Le plus gros effort est fourni du côté des Allemands, portant des tenues correcte pour la période, y compris les SS. On découvre une reconstitution de semi-chenillé allemand, un automoteur Marder III et une réplique de Tiger (que l’on retrouve dans plusieurs films), ce qui est un effort conséquent  et place avantageusement le film de Speilberg par rapport aux fictions où du matériel américain ou moderne est maquillé en matériel de la Wehrmacht ou de la SS…

 

Au final, Spielberg nous offre un bon film de guerre réaliste, dans lequel l’action -souvent bien filmée- ne manque pas, accompagnée de combats réalistes, entrecoupée par des scènes plus calmes nous montrant la vie quotidienne des soldats, mais le film manque singulièrement de souffle une fois la scène de débarquement terminée et les personnages manquent singulièrement de charisme (à mes yeux, ce qui est fort discutable). Même si j’apprécie Tom Hanks et Matt Damon, le casting y est sans doute pour quelque chose dans ce ressenti… Le réalisme dans la violence est marquant. Je me souviens être sorti du film en restant coi, ainsi que tous ceux qui m’accompagnaient… On est toutefois loin du souffle épique du « Jour le Plus Long », plus facile à montrer au plus jeunes, et, surtout, le néophyte n’apprend rien et ne comprend rien au Débarquement… Et quid des Canadiens et des Britanniques? Pour ce qui est du réalisme et du scénario, rien ne vaut « Band of Brothers »…