VQ Guerre du Désert (2)

Les mouches et les autres animaux du désert

Alors que les tempêtes de sable représentent un désagrément occasionnel, certes éprouvant, les mouches constituent une gêne permanente et très pénible pour le confort de la vie quotidienne dans les immensités sableuses. Volant sans bourdonnement, elles suivent les combattants dans tous leurs déplacements. Les hommes éprouvent les plus grandes peines à s’en débarrasser : à peine a-t-on écarté les mouches, qu’elles reviennent de plus belle. Elles vont partout : yeux, bouche, oreilles … et il n’y avait aucune parade efficace ! Les Britanniques savent que leurs adversaires de l’Afrika-Korps possèdent des filets de protection qu’ils se mettent sur le visage et les envient beaucoup pour cela. Le commandement britannique va même jusqu’à demander à chaque homme de supprimer cinquante de ces insectes nuisibles par jour, quota est vite dépassé. Le plus souvent, il fallait boire en posant sa main sur le récipient et avaler le contenu entre le pouce et le doigt. Il n’est en fait pas si rare d’avaler un insecte!

Les mouches constituent un tourment pour les blessés, étendus sur le sable dans l’attente des secours. Elles se régalent de la moindre goutte de sang des piqûres et des écorchures et constituent donc une des causes principales des affections cutanées qui touchent les hommes de la 8th Army. Le fléau que représentent les mouches exige une hygiène extrêmement stricte, bien difficile dans le désert, qui plus est en période de combat. Seule la nuit amène un répit salvateur pour les nerfs des soldats qui ont subi l’assaut continuel des mouches pendant toute la journée.

Au-delà de la zone côtière où les mouches sont nombreuses, il n’y a quasiment aucune vie animale. Mis à part quelques gerboises occasionnelles, ces rats du désert, on rencontre des scorpions et, parfois, des gazelles. Les dromadaires des Arabes sont rares car ces derniers évitent les zones de combats. Les scorpions et les serpents sont bien sûr redoutés par les combattants, particulièrement après la saison hivernale. La vipère des sables, dont la morsure est mortelle, est très dangereuse, d’autant que, enfouie dans le sable, elle s’avère bien difficile à repérer.

 

L’eau

      

L’eau et sa conservation sont évidemment de la première importance dans une région possédant des ressources limitées. Il est ainsi arrivé à des combattants d’effectuer une longue marche pour récupérer des bouteilles ou des gourdes oubliées par inadvertance. Le manque d’eau peut s’avérer fatal et des unités italiennes isolées au sud de la position d’El Alamein ont été capturées à la fin de la bataille dans un état de déshydratation extrême. Dans le camp britannique, après contrôle médical, elle est confiée aux Royal Engineer. Chez les Allemands, les colonnes de l’Afrika Korps sont accompagnées d’unités de ravitaillement en eau, équipées de pompes, permettant de remplir facilement les récipients. En cas d’urgence, il est toujours possible en outre de récupérer l’eau des radiateurs des véhicules endommagés, une méthode qui a sauvé la vie à bien des égarés dans le désert. Hormis quelques puits et les usines de dessalement dans certaines zones côtières, l’eau doit être laborieusement transportée jusqu’au front dans des camions citernes. Ces camions sont équipés d’appareils de stérilisation et de javellisation. Les bidons à eau des troupes britanniques, peu réussis, sont fragiles et plutôt perméables. En revanche, avec la mise au point de leur Jerrycan, les Allemands disposent d’un récipient efficace que les soldats alliés s’efforcent de réemployer autant que possible. Les précieux Jerrycans transportant de l’eau sont identifiés par une large croix blanche afin de les distinguer clairement de ceux destinés au transport de carburant.

Au sein de la 8th Army, chaque homme reçoit une ration quotidienne d’eau, allant de 2 à 4 litres, la moitié environ étant destinée à la cuisine et à la préparation commune de celle-ci, le reste étant distribuée sous forme de ration en gourde. Les rations allemandes sont en théorie de 4 à 5 litres, le plus souvent 3 litres dans la pratique. Comme dans le camp adverse, il s’agit en fait de la quantité d’eau perçue au niveau des cuisines, le simple soldat n’obtenant directement qu’environ 75 cl. Sur les positions d’El Alamein, proches des réserves d’eau pure, la ration monte en général entre 6 et 7 litres. Les filtres des masques à gaz italiens sont récupérés et, après avoir lavé ses dents, le soldat crache dans le filtre pour ensuite récupérer l’eau dans le bidon. Quand il a rempli la moitié d’un bidon d’eau, il se lave la face puis la remet dans le filtre. Un quart de la ration d’eau doit suffire pour le lavage si on respecte bien les règles d’économie. L’opération est répétée chaque jour jusqu’à ce que le bidon ou la cuvette soit assez remplie pour laver le linge. L’eau peut être aussi réutilisée pour les véhicules une fois que l’eau souillée a décanté et que le sable est tombé au fond du récipient. L’absence d’eau conduit d’astucieux officiers à utiliser des shampoings à sec achetés au Caire et qui ont l’immense avantage de ne requérir aucune eau pour leur emploi. Bien entendu, une affectation en bord de mer et une bonne dotation en savon règle bien des problèmes! Il est de toute façon évident qu’il n’est autorisé de se laver qu’en employant de l’eau non potable.

 

La nourriture

            

Dans le camp britannique, la nourriture est répétitive, souvent du bœuf en conserve et des biscuits, du bacon en boîte, de la viande mélangée avec des légumes en boîte, du beurre et du lait en boîte. Bien entendu, les troupes de première ligne ignorent les vivres frais, sauf, parfois, quelques oignons égyptiens. Les rations standards proposées par l’intendance britannique, le RASC DID (Royal Army Service Corps Details Issue Depot) sont les suivantes : du riz ou des pommes de terre (parfois en boîte), des oignons, des légumes frais quand ils sont disponibles (notamment des concombres et des citrouilles) ou en boîte (habituellement des pêches d’Australie ou d’Afrique du Sud), des petits pois et autres légumes en boîte, du foul (des fèves égyptiennes), des lentilles, des boîtes de conserve de viande (avec ou sans légumes, du corned-beef, des saucisses, du bacon), de la viande surgelée quand il y en a de disponible (du bœuf ou du mouton), du poisson en conserve (saumon et hareng), de la margarine et du fromage en boîte, du lait, du sucre et du sel, de la confiture (en provenance de Palestine), de la marmelade, des fruits secs, de la farine, des biscuits et, bien entendu, du thé. Le manque grave de fruits et de légumes est un problème et contribue à provoquer certains troubles de santé au sein de la troupe. Des comprimés fortement vitaminés sont donc distribués pour tenter de compenser ce manque de nourriture fraîche.

Les Allemands auraient été plus efficaces pour fournir des repas chauds à leurs troupes de première ligne. Leurs conserves de tomates et d’autres légumes sont d’ailleurs fort appréciées des soldats alliés. Parfois, les hommes peuvent consommer du poisson ou des pommes de terre. En revanche, les fruits et les légumes sont pratiquement inexistants chez les Germano-italiens, dont l’alimentation repose sur la fourniture des denrées italiennes issues de l’ « Administrazione Militare », fournissant notamment des saucisses à la troupe, un régime peu adapté aux conditions de vie dans le désert. Toutes les boîtes de conserves italiennes distribuées aux soldats allemands portent donc la marque « AM ». Un jour, alors qu’un soldat s’évertue à faire sortir la nourriture de sa boîte à l’aide de la pointe de sa baïonnette, Rommel apparaît soudainement. Le général (la scène se déroule en 1941) s’enquiert alors de la saveur de l’  « Alter Mann », le « Vieil Homme ». Cette manière humoristique de comprendre les initiales « AM » connaît un immense succès pour la troupe qui a tôt fait de l’adopter pour son propre compte. Thon, fromage et saucisses font également parties de l’ordinaire du soldat allemand. Un détail qui n’en est en fait pas un illustre les difficultés logistiques auxquelles sont confrontées les armées combattants dans le désert : les cantines de campagne et les boulangeries allemandes fonctionnent avec du bois. Or il n’y a pas de bois dans le désert. Tant est si bien que l’approvisionnement de ce dernier doit provenir d’Italie via la Méditerranée. Finalement, elles seront adaptées au fonctionnement au charbon.

Au moment de la bataille d’El Alamein, la situation s’améliore pour les Britanniques en raison de la proximité d’Alexandrie : outre de petites quantités de bière, les unités de ravitaillement perçoivent de la viande surgelée, des légumes frais, des fruits et du fromage de Nouvelle-Zélande. Chez les Britanniques, la présence de contingents indiens n’est pas sans causer bien des tracas à l’intendance en raison des interdits alimentaires qui touchent la viande de bœuf ou de porc selon que les soldats sont Hindous, Sikhs ou Musulmans. Les soldats de l’armée des Indes bénéficient d’ailleurs de certains mets (certaines épices notamment) réservés à leurs rations et leurs cigarettes sont différentes de celles des autres unités de l’armée. Les soldats sont parfois inventifs pour améliorer l’ordinaire. Parfois, les soldats obtiennent de la volaille auprès des Arabes. Enfermées dans des cages fixées sur les véhicules, elles procurent un supplément appréciable de nourriture. Une autre astuce concerne les biscuits, généralement durs et peu appétissants. On peut améliorer considérablement leur saveur en les pilant avant de les mélanger avec du lait pour ensuite faire chauffer le tout. Un peu de confiture achève alors de transformer un biscuit infâme en un relatif délice pour le palais affamé d’un combattant. Pour faire cuire leur nourriture, les soldats coupent un bidon d’essence qui est ensuite rempli de sable imbibé d’essence. On y met ensuite le feu et un réchaud est alors à disposition.

 

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